Dans une tribune publiée par News du Cameroun, Yerima Kini Nsom déplore un journalisme camerounais qui, selon lui, s'éloigne de sa mission fondamentale de vérité et de défense des citoyens. L'article s'ouvre sur une scène à Yaoundé, où des citoyens critiquent à la fois la hausse des prix du carburant et la complaisance de certains médias envers cette décision gouvernementale.
Nsom dénonce une presse qui, au lieu d'enquêter et d'informer de manière critique, se contente de relayer la propagande officielle. Il regrette la disparition de l'angle journalistique traditionnel, privilégiant l'impact et l'intérêt public, au profit de demi-vérités et de clichés. Certains organes de presse sont même accusés d'activisme pro-gouvernemental, soulevant la question de savoir si le journalisme a trahi sa vocation première.
L'auteur s'interroge sur la capacité de survie d'une presse qui renie son essence même : la rigueur intellectuelle, l'argumentation solide et la confrontation d'idées. Il critique l'influence insidieuse d'institutions qui s'érigent en arbitres du « bon goût » journalistique, conduisant à l'autocensure et à la disparition des débats de fond.
Nsom souligne que l'information est de plus en plus souvent dictée par des intérêts financiers, au détriment de l'intérêt public. Il cite la couverture de l'élection présidentielle d'octobre 2025, où l'accent a été mis sur les personnalités et les enjeux financiers plutôt que sur les programmes proposés aux Camerounais.
L'article évoque les difficultés économiques rencontrées par les journalistes, souvent utilisées pour justifier le manque d'objectivité. Cependant, Nsom insiste sur la primauté du professionnalisme, seul garant de la viabilité du journalisme à long terme. La situation sécuritaire précaire pour les journalistes, notamment dans les régions anglophones en conflit, exacerbe ces difficultés. En 2023, le Cameroun se classait au 138e rang sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.
Le Cameroun a connu une libéralisation de son paysage médiatique dans les années 1990, mais le gouvernement conserve une influence considérable par le biais de réglementations et de contrôles indirects. L'absence de loi sur l'accès à l'information entrave également le travail des journalistes.
Malgré ces défis, des journalistes camerounais continuent de lutter pour un journalisme éthique et indépendant. Ils appellent à une revitalisation des structures de régulation et à l'adoption de lois protégeant la liberté d'information.
Le « journalisme responsable », selon Nsom, ne doit pas être un euphémisme pour la simple reproduction de la propagande officielle. L'avenir du journalisme au Cameroun dépend de sa capacité à retrouver son rôle de chien de garde du pouvoir et de voix des sans-voix.