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Yaoundé : La police priorise les événements officiels, les citoyens se sentent abandonnés

À Yaoundé, la mobilisation policière pour les événements officiels laisse les citoyens sans protection, révélant une hiérarchie implicite des priorités sécuritaires et érodant le contrat social.

Yaoundé : La police priorise les événements officiels, les citoyens se sentent abandonnés
Actualités Cameroun

À Yaoundé, la mobilisation policière pour des événements officiels laisse souvent les citoyens ordinaires sans protection. Le 12 novembre 2023, un habitant de la ville s'est vu refuser le dépôt d'une plainte au commissariat de Bastos, faute d'agents disponibles, tous étant affectés à la sécurité d'un événement au palais de l'Unité. Ce fait divers, rapporté par un témoin, met en lumière un problème plus profond : la priorité accordée à la sécurité des personnalités et des événements internationaux au détriment de la protection des citoyens.

Cette situation révèle une hiérarchie implicite où la sécurité des élites et des visiteurs de marque prime sur celle de la population. Lors de grands événements, comme la venue de ministres du Commerce de l'OMC, les commissariats se vident, laissant les habitants sans recours immédiat en cas de besoin. Ce redéploiement des forces de l'ordre crée un vide sécuritaire temporaire, transformant le simple dépôt de plainte en un véritable parcours du combattant.

L'absence d'agents disponibles accroît la vulnérabilité des citoyens et offre un terrain fertile à la violence quotidienne. Le commissariat de Bastos, pourtant situé dans une zone urbaine dense, devient une coquille vide, incapable de répondre aux besoins de la population. Cette situation n'est pas nouvelle, mais elle s'aggrave avec la multiplication des événements internationaux accueillis par le Cameroun.

Ce déséquilibre dans la doctrine d'emploi des forces de l'ordre engendre un sentiment d'abandon institutionnel chez les citoyens. Lorsqu'une personne est agressée près d'un commissariat vide, cela envoie un message dévastateur : la protection de l'État est un luxe réservé à une minorité.

À court terme, cette pratique risque de banaliser les refus d'enregistrement de plaintes, même en dehors des périodes de mobilisation majeure. À long terme, elle érode le contrat social, mine la légitimité de la police et décourage les citoyens de signaler les incidents. La question de l'égalité des citoyens devant la protection se pose alors avec acuité : comment garantir cette égalité quand les commissariats se vident au gré des agendas diplomatiques ?

La multiplication de ces situations pourrait entraîner une défiance accrue envers les institutions et compliquer la mise en œuvre de politiques de sécurité participatives. L'État camerounais doit trouver un équilibre entre la sécurité des événements internationaux et la protection de ses citoyens au quotidien. Une meilleure répartition des ressources et un renforcement des effectifs de proximité pourraient contribuer à restaurer la confiance et à garantir la sécurité de tous.

La situation soulève des questions fondamentales sur la nature du contrat social et la manière dont l'État perçoit ses responsabilités envers ses citoyens.

Source : www.camer.be