Au Cameroun, l'engouement des particuliers pour l'investissement dans les titres publics, notamment sur le marché des valeurs du Trésor géré par la BEAC, peine à décoller. Les chiffres révèlent un contraste frappant avec d'autres pays de la zone CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine).
Selon les données collectées jusqu'au 31 janvier 2026, les Camerounais ont investi 25,9 milliards de FCFA dans les titres publics émis par les États. En comparaison, les Gabonais ont souscrit pour 71,7 milliards de FCFA, un montant près de trois fois supérieur à celui des Camerounais. Les Congolais ont injecté plus de 70 milliards de FCFA, soit également près de trois fois plus que leurs homologues camerounais.
Le Tchad se distingue particulièrement. Malgré son statut de « petit poucet » sur le marché des titres publics de la CEMAC, l'investissement dans les valeurs du Trésor y est plus répandu. Les particuliers tchadiens ont investi 108 milliards de FCFA, soit environ quatre fois le niveau observé au Cameroun.
Globalement, les particuliers restent des investisseurs marginaux à l'échelle de la CEMAC. Fin janvier 2026, ils ne détenaient que 3 % des valeurs du Trésor en circulation, pour un investissement total de 287,6 milliards de FCFA. Les institutionnels (compagnies d'assurances, fonds de pension, etc.) sont plus actifs, avec 1 808,8 milliards de FCFA d'investissements, soit 19,1 % de l'encours global. Les banques agréées comme Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) dominent le marché, détenant 63,2 % de l'encours global, soit 5 973,6 milliards de FCFA.
Cette domination des SVT s'explique par leur réticence à céder les titres à d'autres investisseurs, ce qui augmente leur exposition au risque souverain. La réglementation leur impose pourtant de céder au moins 30 % des titres acquis sur le marché primaire, mais elles privilégient les cessions entre elles. Les transactions de pension livrée interbancaire, un mécanisme de financement consistant à échanger des titres contre de la trésorerie, atteignent 826,9 milliards de FCFA en janvier 2026, soit près de trois fois plus que les cessions aux investisseurs.
Face à cette situation, le Cameroun cherche des moyens de dynamiser le marché des titres publics et d'encourager la participation des investisseurs particuliers. En février 2026, le pays a testé le marché avec une émission d'Obligations du Trésor assimilables (OTA) d'une maturité de 15 ans, une première dans la zone CEMAC. De plus, à partir de 2026, l'exonération de l'Impôt sur les Revenus des Capitaux Mobiliers (IRCM) est élargie aux titres publics des autres pays membres de la CEMAC, dans le but de stimuler l'investissement sous-régional.
En 2025, les États de la CEMAC ont levé un montant record de 9,4 milliards de dollars sur le marché régional des titres publics, témoignant de l'essor de ce marché malgré un contexte économique fragile.