Ce lundi 27 octobre 2025, les yeux sont rivés sur Yaoundé, où le Conseil constitutionnel doit proclamer les résultats officiels de l'élection présidentielle du 12 octobre. Cette annonce intervient dans un climat de vives tensions, marqué par des émeutes meurtrières survenues la veille.
L'attente prolongée des résultats a alimenté les spéculations et déclenché une vague de colère populaire à travers le pays. Dimanche, des milliers de Camerounais ont manifesté à l'appel de l'opposant Issa Tchiroma Bakary, qui revendique la victoire.
À Douala, la contestation a pris une tournure dramatique. Des affrontements violents ont éclaté dans le quartier de New-Bell, où des barricades ont été érigées et des véhicules incendiés. Les forces de l'ordre ont utilisé des tirs à balles réelles pour disperser la foule, faisant au moins quatre morts, selon le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua. Des troubles ont également été signalés à Ndokoti et Ndog-Passi.
La contestation s'est étendue à d'autres régions. À l'Ouest, les populations de Bandja et Bangangté ont manifesté pour réclamer la libération de Paul Biya. À Garoua, des manifestants se sont rassemblés devant le gouvernorat pour exiger la transparence du processus électoral. Issa Tchiroma, présent dans la ville, a vu une foule se masser devant son domicile pour le protéger.
Cette explosion de colère met une pression immense sur le Conseil constitutionnel, qui doit non seulement désigner le vainqueur, mais aussi apaiser les tensions. Les autorités sont également appelées à faire la lumière sur la mort des civils et l'usage de balles réelles.
Le 27 octobre 2025, le Conseil constitutionnel a proclamé Paul Biya vainqueur de l'élection avec 53,66 % des voix, contre 35,19 % pour Issa Tchiroma. Issa Tchiroma a rejeté ces résultats, dénonçant des fraudes électorales. Paul Biya a été investi pour un huitième mandat le 6 novembre 2025. Le lendemain, Issa Tchiroma s'est réfugié en Gambie.
Paul Biya est le président du Cameroun depuis 1982. Son long règne a été marqué par la suppression des limites de mandats en 2008, suscitant des critiques quant à la restriction de l'espace civique et la répression de la dissidence.