Au Cameroun, un phénomène interpelle : des ministres restent en poste pendant plus d'une décennie sans jamais s'adresser à la presse, une pratique qui soulève des questions sur la transparence et le rapport au pouvoir. Dans un contexte où, dans les démocraties établies, rendre des comptes est un devoir, le silence est devenu une stratégie de longévité pour certains membres du gouvernement camerounais.
Ces ministres fantômes, dont l'existence médiatique se limite aux communiqués officiels et aux apparitions protocolaires aux côtés du chef de l'État, dirigent parfois des départements stratégiques tels que l'éducation, la santé ou les travaux publics. Leurs décisions engagent des milliards de francs CFA et affectent la vie quotidienne de millions de Camerounais, mais ils restent inaccessibles aux médias et donc, au peuple.
Plusieurs raisons expliquent cette attitude. L'incompétence est souvent pointée du doigt, certains ministres devant leur poste à des équilibres politiques ou ethniques plutôt qu'à leurs compétences réelles. Affronter la presse reviendrait alors à risquer de dévoiler leurs lacunes. La crainte de la sanction est une autre explication. Dans un système où la nomination et le maintien en poste dépendent du bon vouloir d'un seul homme, chaque prise de parole publique est un pari risqué. Une déclaration maladroite, une statistique erronée ou une promesse non tenue peuvent entraîner une révocation immédiate. Ainsi, le silence devient une stratégie de survie.
Ce silence stratégique s'auto-alimente, les nouveaux ministres observant leurs aînés et reproduisant le modèle. La communication se réduit alors à des éléments de langage préparés par des conseillers, lus lors de rares occasions officielles. L'improvisation et l'échange direct avec les citoyens via les médias sont proscrits. L'opacité devient ainsi une garantie de longévité, protégeant les erreurs passées et les compromissions éventuelles.
Les conséquences de ce mépris institutionnalisé sont multiples. À court terme, les citoyens sont tenus dans l'ignorance des politiques publiques, ne sachant ni ce que font leurs ministres, ni pourquoi ils le font, ni avec quels moyens. Les budgets sont votés sans débat public, les projets lancés sans explication et les échecs jamais assumés. Les journalistes, réduits à relayer des communiqués, voient leur rôle de contre-pouvoir vidé de sa substance.
À long terme, cette pratique mine la confiance dans les institutions. Le citoyen se sent exclu, méprisé, réduit au rôle de contribuable passif. La colère gronde, mais sans exutoire médiatique, elle se réfugie dans les réseaux sociaux et les conversations privées. Le contrat social s'en trouve délité. La question de savoir quand un ministre acceptera de rendre compte de son action aux Camerounais reste en suspens. Tant que le silence restera la clé de la longévité politique, les ministres fantômes continueront de hanter les couloirs du pouvoir.
Le gouvernement camerounais a mis en place des mesures pour améliorer la transparence et l'efficacité de l'administration publique, notamment par la digitalisation et la mise en place de logiciels pour lutter contre les agents fictifs. En juin 2025, le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph Le, a présenté à Douala un logiciel conçu pour lutter contre le phénomène des agents fictifs dans la fonction publique.