Les principaux pays africains producteurs de coton, réunis à Yaoundé, ambitionnent de transformer leur modèle économique en attirant des investissements massifs dans la transformation locale du coton, de la fibre au produit fini. Cette initiative a été présentée le 25 mars lors d'une conférence de haut niveau sur le Partenariat pour le Coton (PPC), en marge de la 14e Conférence ministérielle de l’OMC.
L'idée centrale est de réduire l'exportation de coton brut et d'augmenter considérablement la valeur ajoutée conservée en Afrique. Le Partenariat pour le coton, lancé en 2024 avec le soutien de l'OMC et de divers partenaires, vise à créer une offre attractive pour les investisseurs sur l'ensemble de la chaîne de valeur du coton d'ici à 2030.
Les pays du C-4+ (Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad et Côte d’Ivoire) produisent ensemble plus d’un million de tonnes de coton par an, soit environ la moitié de la production africaine et près de 4 % de la production mondiale. Pourtant, seulement 2 % de ce coton est transformé localement. La directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, souligne que 98 % du coton produit dans la région est exporté à l’état brut. Les promoteurs du partenariat estiment que 12 milliards de dollars de financements seront nécessaires sur dix ans pour développer la filature, le textile et l’habillement, créant ainsi des centaines de milliers d’emplois directs et indirects.
Cette orientation marque un changement de cap. Pendant plus de vingt ans, les producteurs africains ont lutté au sein de l’OMC contre les subventions accordées par les grandes puissances à leurs filières cotonnières, sans succès majeur. Désormais, l’objectif est de construire localement les industries manquantes plutôt que d'attendre une réforme du marché mondial. Jean-Marie Paugam, directeur général adjoint de l’OMC, résume cette ambition par « monter en valeur ajoutée ».
Le Cameroun, en accueillant cette initiative, cherche à renforcer sa position diplomatique et à tirer profit des retombées industrielles et logistiques potentielles en Afrique centrale. Le coton est un levier clé de l’industrialisation régionale, comme l’a rappelé le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana. La Sodecoton a réalisé un chiffre d’affaires de 223,35 milliards de FCFA en 2024, avec un bénéfice net de 5,49 milliards et une valeur ajoutée de 44,39 milliards. Les exportations de coton brut ont rapporté 177,2 milliards de FCFA, soit 5,4 % des recettes totales d’exportation du pays.
La production nationale pourrait atteindre 350 100 tonnes en 2025, après 340 000 tonnes en 2024. La Stratégie nationale de développement 2020-2030 vise à transformer au moins 50 % de la fibre locale d’ici à 2030 et à intégrer au moins 60 % de coton camerounais dans les tenues des grands corps de l’État. Un projet industriel de transformation de 12 000 tonnes par an, d'un montant de 180 milliards de FCFA, est en préparation. L’objectif est d’augmenter la part du secteur secondaire dans le PIB à 36,8 % d’ici à 2030 et d’atteindre une valeur ajoutée manufacturière de 25 %.
Cette nouvelle approche met l'accent sur le potentiel industriel du coton africain plutôt que sur la seule lutte commerciale. Reste à surmonter les défis liés au financement, au coût de l’énergie, à la logistique et à la compétitivité industrielle. C’est sur ce terrain que se jouera la crédibilité de cette nouvelle stratégie africaine pour le coton, transformant une simple matière première en moteur de développement local.