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Comment les États-Unis ont bloqué Ruben Um Nyobe à Paris en 1952

En 1952, Ruben Um Nyobe fut bloqué à Paris par les États-Unis, l'empêchant de s'adresser à l'ONU sur la question de l'indépendance du Cameroun. Un revirement politique américain permit finalement son

Comment les États-Unis ont bloqué Ruben Um Nyobe à Paris en 1952
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En 1952, Ruben Um Nyobe, figure de proue de la lutte pour l'indépendance du Cameroun, fut invité à s'exprimer devant l'Assemblée générale des Nations Unies. Son voyage vers New York prit une tournure inattendue lorsqu'il se retrouva bloqué à Paris pendant un mois, victime d'un blocage orchestré par le gouvernement américain.

Arrivé à Paris, Um Nyobe devait obtenir un visa pour les États-Unis, nécessaire pour participer à l'assemblée de l'ONU. Cependant, malgré l'invitation officielle du Secrétariat général de l'ONU, l'ambassadeur américain de l'époque, James Clement Dunn, refusa obstinément de lui accorder ce visa. Cette décision, selon certaines sources, était influencée par la pression des autorités françaises, soucieuses d'empêcher Um Nyobe d'exposer la question de l'autodétermination du Kamerun devant la scène internationale. James Clement Dunn fut ambassadeur des États-Unis en France de 1952 à 1953.

Durant ce séjour forcé à Paris, financé par la diaspora africaine, Um Nyobe exprima son désarroi face à l'attitude des fonctionnaires américains. Il s'interrogeait sur le contraste entre ce blocage et les valeurs que lui avaient inculquées les missionnaires américains, notamment Mme Suzann Cozzens, qui l'avait initié aux idées de démocratie et du droit des peuples à l'autodétermination à travers les œuvres de Thomas Paine, John Locke et Ezra Styles. Il se souvenait également du soutien apporté par des pasteurs américains comme Ta Neal et Johnston, qui avaient aidé et caché des révolutionnaires pourchassés par l'armée française.

Finalement, un changement de cap dans la politique étrangère américaine, influencé par l'arrivée du président Eisenhower et l'action d'Allen Dulles, ainsi que la mort de Staline, conduisirent les États-Unis à reconsidérer leur position vis-à-vis des mouvements nationalistes. Allen Dulles fut nommé directeur adjoint du renseignement central le 23 août 1951, puis devint le premier directeur civil du renseignement central sous la présidence d'Eisenhower.

Um Nyobe put finalement se rendre à l'ONU où il dénonça la domination coloniale française au Cameroun et plaida pour la réunification du Cameroun britannique et français, exigeant un calendrier précis pour l'indépendance et la création d'une assemblée législative camerounaise. Son discours marqua les esprits, faisant de lui une figure emblématique de la lutte pour l'indépendance, même si les autorités françaises tentèrent de minimiser son impact.

L'action d'Um Nyobe à l'ONU en 1952 reste un moment clé de l'histoire du Cameroun, illustrant les complexités de la lutte pour l'indépendance et les jeux d'influence internationaux de l'époque.

Source : actucameroun.info