En décembre 1990, Célestin Monga, alors jeune banquier, a secoué le Cameroun en publiant une lettre ouverte au président Paul Biya dans le journal Le Messager. Intitulée « Démocratie truquée », cette lettre critiquait ouvertement la politique du Renouveau de Biya, dénonçant un régime qu'il percevait comme condescendant et déconnecté des réalités vécues par la majorité des Camerounais.
Monga y remettait en question la prétention de Biya d'avoir « amené la démocratie » au Cameroun, soulignant la pauvreté persistante, la corruption et les violations des droits de l'homme. Il interrogeait le président sur sa connaissance des réalités des bidonvilles et dénonçait l'instrumentalisation de la justice par le pouvoir exécutif. La lettre pointait également du doigt les mécanismes qui, selon Monga, faussaient le jeu politique, notamment le contrôle de l'État par le RDPC, le parti au pouvoir, et l'exclusion de larges pans de la population du débat politique.
La publication de cette lettre a eu des conséquences immédiates. Le siège du Messager a été pris d'assaut par les forces de l'ordre, et Monga, ainsi que le directeur de publication du journal, Pius Njawé, ont été arrêtés et accusés d'outrage au chef de l'État. Ils ont été condamnés à six mois de prison avec sursis et à une amende de 300 000 francs CFA. Cependant, une forte mobilisation populaire et médiatique aContraint la justice à les déclarer non coupables d'outrage au chef de l'État. Cette affaire est souvent considérée comme l'une des premières défaites judiciaires infligées à Paul Biya.
Célestin Monga, né en 1960, a par la suite mené une carrière brillante dans le secteur bancaire, l'enseignement et les organisations internationales. Économiste de renom, il a travaillé à la Banque Mondiale, à l'Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) et à la Banque Africaine de Développement (BAD), où il a occupé le poste de vice-président et chef économiste. Il est également professeur à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'Université de Pékin.
La critique virulente de Célestin Monga à l'égard du régime de Paul Biya en 1990 reste un moment marquant de l'histoire politique du Cameroun, symbolisant la lutte pour la liberté d'expression et la démocratie. Son geste audacieux continue d'inspirer ceux qui aspirent à une gouvernance plus juste et transparente au Cameroun.
Au-delà de cet épisode, Célestin Monga est reconnu pour ses travaux sur le développement économique et politique de l'Afrique, ainsi que pour son engagement en faveur d'une transformation structurelle des économies africaines.