Au Cameroun, le projet de révision de la Constitution de 1996 n'est plus une simple rumeur. Des sources révèlent que les travaux techniques sont finalisés, et un calendrier de mise en œuvre se précise, affranchi des contraintes électorales.
Piloté par Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, et un cercle restreint de juristes, dont Jean-Claude Awala Wodougué, le texte ambitionne une refonte en profondeur de l'architecture de l'État. Cette révision s'inscrit dans la continuité de la décentralisation initiée en 2019, avec une augmentation du nombre de parlementaires et un redécoupage administratif créant de nouvelles communes.
La fin du calendrier électoral, depuis la présidentielle d'octobre 2025, offre à la présidence camerounaise une marge de manœuvre pour actionner le levier constitutionnel sans pression politique immédiate. L'objectif déclaré est d'adapter les institutions aux réalités actuelles, mais certains observateurs y décèlent une volonté de verrouiller l'appareil d'État face aux incertitudes à venir.
La création d'un poste de vice-président de la République, nommé et non élu, est au centre des discussions. Cette modification romprait avec l'actuel intérim assuré par le président du Sénat, renforçant la logique présidentialiste du régime. Parallèlement, l'âge minimal pour se présenter à la présidentielle (35 ans) et la durée du mandat (sept ans) pourraient être revus à la baisse.
L'ouverture du Code électoral est également envisagée pour réviser les procédures de vote, une concession évoquée dans le cadre d'un dialogue politique. En revanche, la question sensible de la double nationalité est, pour l'instant, écartée du projet.
L'article 63 de la Constitution pourrait être activé pour une adoption rapide au Parlement. Une majorité des trois cinquièmes sera nécessaire. À court terme, cette réforme vise à élargir les bases du régime et à intégrer davantage d'acteurs dans les institutions. À long terme, la création d'un vice-président soulève la question de la succession et de la continuité de l'État.
S'agit-il d'un outil de modernisation institutionnelle ou d'une manœuvre pour gérer la transition à venir ? La réponse à cette question déterminera la stabilité politique du Cameroun pour la prochaine décennie.