L'opposant camerounais Anicet Ekane, décédé en détention le 1er décembre 2025, avait prédit sa propre mort, selon un témoignage poignant d'Henriette Ekwe, doyenne de la presse camerounaise.
« Ne pense pas que je sortirai d'ici vivant. On m'a amené ici pour m'achever », aurait déclaré Ekane à Henriette Ekwe lors de sa dernière visite au Secrétariat d'État à la Défense (SED), où il était détenu. Ekane expliquait que s'il était destiné à survivre, il aurait été transféré à l'hôpital, comme lors d'une précédente crise.
Ekane, figure historique de l'opposition et président du MANIDEM (Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie), avait été arrêté le 24 octobre 2025 dans le contexte de la crise post-électorale. Ses proches dénoncent une privation de soins qui aurait conduit à sa mort. Il souffrait d'insuffisance respiratoire sévère et était dépendant d'un extracteur d'oxygène, qui lui aurait été confisqué dès son arrestation.
Avant de mourir, Ekane aurait demandé en vain une feuille et un stylo pour rédiger ses dernières volontés. « Comment comprendre une telle situation ? C'est une condamnation à mort sans appel », s'indigne Henriette Ekwe.
Le ministère de la Défense a évoqué une « mort naturelle », mais la famille conteste cette version, déplorant l'absence d'un médecin désigné par elle lors de l'autopsie. Le corps d'Ekane n'a été restitué à sa famille que le 3 mars 2026, soit trois mois après son décès, et le transfert vers la morgue de l'hôpital Laquintinie à Douala s'est déroulé sous haute surveillance.
Henriette Ekwe y voit la crainte de funérailles populaires et s'interroge sur le timing de cette restitution, à un mois de la visite du pape Léon XIV. Elle dénonce un traitement discriminatoire par rapport à d'autres détenus et s'interroge sur les raisons pour lesquelles Ekane, figure de l'opposition, n'a pas eu droit aux mêmes soins.
Une enquête a été annoncée par le gouvernement dès décembre 2025, mais aucune conclusion n'a été rendue publique à ce jour. La famille réclame la vérité sur les circonstances de la mort d'Anicet Ekane.
« Anicet a été exécuté. Médicalement assommé », a déclaré Henriette Ekwe, remettant en cause la version officielle et soulignant le retrait de son concentrateur d'oxygène.
Anicet Ekane, né le 17 avril 1951, était une figure de proue de l'opposition camerounaise depuis les années 1990. Il avait contesté les résultats de l'élection présidentielle d'octobre 2025, remportée par Paul Biya.