Le tribunal de grande instance de Koupéla, au Burkina Faso, a rendu son verdict le 24 février dans une affaire de corruption impliquant des magistrats, des avocats et des douaniers. Les accusés étaient poursuivis pour corruption, blanchiment de capitaux et concussion.
Le procès, qui s'est ouvert le 16 janvier devant la chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Koupéla, à une centaine de kilomètres de Ouagadougou, a abouti à la condamnation de plusieurs hauts magistrats et agents des douanes. Ils étaient accusés d’avoir perçu des avantages indus en échange d’un non-lieu en faveur de douaniers poursuivis pour concussion.
Alban Balanoë Somé a été condamné à 36 mois de prison, dont 18 mois ferme, pour corruption d’agent public et révélation illégale de l’identité d’un témoin protégé. Mohamed Traoré, Urbain Medah et Sandaogo Antoine Kaboré ont écopé de peines allant de 2 à 12 mois ferme pour corruption et complicité. Toutes ces condamnations sont assorties d’amendes comprises entre 2 et 3 millions de francs CFA. Urbain Medah, connu pour avoir présidé en 2021 le procès de l'assassinat de Thomas Sankara, a écopé de 15 mois d'emprisonnement dont deux fermes.
Trois douaniers, Oumarou Yameogo, Jonas Yameogo et Zindi Nikiéma, ont également été reconnus coupables de corruption et condamnés chacun à 15 mois de prison, dont deux mois ferme. Le magistrat Jean Jacques Wend-Panga Ouedraogo, l’avocat Arno Sampebré et le douanier Seydou Traoré ont été relaxés au bénéfice du doute.
Au cours des audiences, plusieurs magistrats avaient dénoncé leurs conditions d’interpellation, évoquant « enlèvement », « séquestration » et « torture ». Leurs avocats ont pointé des irrégularités de procédure. Malgré ces contestations, le tribunal a estimé les charges suffisamment établies pour prononcer ces peines, dans un contexte de lutte affichée contre la corruption au sein de l’appareil judiciaire burkinabè. La junte militaire au pouvoir, dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré depuis 2022, affirme s'inspirer du combat de Thomas Sankara, ancien dirigeant burkinabè, qui avait fait de la lutte contre la corruption sa priorité. Ces condamnations interviennent dans un contexte où la junte est régulièrement accusée de réprimer toute voix critique.