L'autoroute Yaoundé-Douala, autrefois symbole de la politique des « Grandes Réalisations » du Cameroun, est aujourd'hui perçue comme un gouffre financier et un monument à l'opacité. Ce projet, lancé en 2011, devait relier les deux principales villes du pays, mais il est aujourd'hui entaché par des retards considérables, des coûts exorbitants et des soupçons de corruption.
Initialement, la première phase de 60 km devait coûter 190 milliards de FCFA. Cependant, ce montant a grimpé en flèche pour atteindre près de 800 milliards de FCFA, suscitant l'indignation de l'opinion publique. La durée du projet est également source de frustration, avec plus de 10 ans nécessaires pour achever cette première phase, initialement prévue pour durer 48 mois. Des experts dénoncent l'existence de rétrocommissions systématiques et de réseaux occultes qui profitent de ces retards et de ces dépassements de coûts.
Les populations locales ont également subi les conséquences de ce projet, avec des indemnisations promises qui tardent à venir ou qui sont détournées. Cette situation a engendré un climat de méfiance et de colère, exacerbé par la communication maladroite des responsables gouvernementaux.
En dépit de ces difficultés, les travaux de la phase 2 ont été lancés en octobre 2024, avec un budget de 1 072 milliards de FCFA pour couvrir 141 km de route principale et 40 km d'échangeurs. Le gouvernement vise une livraison d'ici 2028, mais les problèmes de compensation des populations affectées persistent, menaçant de retarder à nouveau le projet.
L'autoroute Yaoundé-Douala est un symbole des défis auxquels sont confrontés les projets d'infrastructure en Afrique, notamment la corruption, les litiges fonciers et la dépendance au financement extérieur. Alors que la corruption reste endémique au Cameroun, des initiatives sont prises pour renforcer la transparence et la bonne gouvernance dans les marchés publics, mais leur efficacité reste limitée.