La visite du Pape Léon XIV au Cameroun, prévue pour le 15 avril 2026, suscite déjà des remous. Une lettre ouverte, signée par un collectif de citoyens et devenue virale sur les réseaux sociaux, remet en question l'opportunité de ce voyage dans un contexte national tendu.
Le document critique vivement le silence du Vatican face aux crises majeures qui secouent le monde, notamment à Gaza, en République Démocratique du Congo et au Soudan, tout en multipliant les visites au Cameroun. Les auteurs s'interrogent sur ce « mutisme aberrant » du Pape aux Nations unies, où sa voix pourrait, selon eux, peser en faveur de la paix.
La lettre ouverte met en lumière plusieurs griefs majeurs. En premier lieu, la crise post-électorale consécutive à la présidentielle d'octobre 2025, marquée par l'arrestation de milliers de « détenus politiques », y compris des adolescents. Le texte fait état de plus de soixante partisans du changement qui auraient perdu la vie.
Ensuite, la publication des résultats du concours de l'École nationale d'administration et de magistrature (ENAM) est pointée du doigt. La lettre dénonce un favoritisme flagrant, citant une vingtaine de noms d'admis issus de familles influentes : enfants de ministres, de directeurs généraux et de proches du pouvoir, incluant la fille de la ministre Nalova Lyonga, celle du SGPR adjoint Mohamadou Moustapha, et le fils du ministre de la Fonction publique Joseph Le. Ces nominations alimentent un sentiment de reproduction sociale programmée, où l'accès à la haute fonction publique est réservé à une élite.
Les auteurs de la lettre ouverte affirment également que le Délégué général à la sûreté nationale aurait bloqué la proclamation des résultats du concours de police, en raison d'une surreprésentation des régions du Centre, Sud et Est. Cette décision, motivée par des « hautes recommandations », révélerait un système de triage ethnique et clientéliste.
Le document rappelle également une liste de religieux assassinés au Cameroun, transmise au Pape Benoît XVI en 2005 par l'ambassadeur Antoine Zanga. De Monseigneur Yves Plumier en 1991 au Père Engelbert Mveng en 1995, ces crimes n'ont jamais été élucidés, et le silence du Vatican est dénoncé. Les évêques camerounais ont d'ailleurs confirmé que Monseigneur Jean Marie Benoît Bala a été assassiné.
La visite du Pape Léon XIV met le régime camerounais sous les projecteurs. Les signataires de la lettre ouverte appellent le souverain pontife à profiter de sa rencontre avec le chef de l'État pour aborder ces sujets sensibles, plaider pour l'annulation des listes contestées de l'ENAM et exiger la libération des détenus politiques. L'archevêque Andrew Nkea de Bamenda a déclaré que le pape viendrait comme « un messager de paix, un ambassadeur de réconciliation et un promoteur de la justice ».
Au-delà de cette visite, cette polémique révèle une défiance grandissante envers les institutions camerounaises. La répression post-électorale, le favoritisme et l'impunité alimentent un climat social délétère. Reste à savoir si la prière du Pape suffira à apaiser les tensions, ou si cette visite ne sera qu'une simple bénédiction d'un système que beaucoup aspirent à voir changer.
L'opposition craint que la visite du Pape ne soit instrumentalisée par le président Paul Biya pour résoudre la crise post-électorale. Le mouvement de la diaspora, Project C, a adressé une lettre ouverte au Pape, l'exhortant à annuler son voyage pour ne pas « valider un mensonge écrit dans le sang ».