La 41e réunion ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), prévue à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026, se déroule dans un contexte de fortes tensions commerciales. Ravivées par les politiques protectionnistes de Washington, ces tensions jettent une ombre sur l'utilité même de ce rendez-vous international.
Trois dossiers majeurs sont à l'ordre du jour de cette rencontre, qu'elle se tienne à Yaoundé ou à Genève : la réforme de l'OMC, la montée du protectionnisme et la régulation du commerce électronique. Cependant, le contexte international actuel a modifié la donne. Après avoir rejeté un projet de réforme soutenu par la Norvège, le président américain, Donald Trump, a annoncé de nouvelles mesures douanières présentées comme une « libération » économique. Ces mesures prévoient une hausse minimale de 10 % des droits de douane par pays, avec un principe de stricte réciprocité pouvant atteindre, en moyenne, 50 % des taxes appliquées aux produits américains.
Cette logique de confrontation, résumée par la formule « œil pour œil, dent pour dent », fragilise le multilatéralisme commercial et risque de reléguer l'OMC à un rôle secondaire. De nombreux observateurs estiment que l'organisation apparaît désormais marginalisée, incapable de contenir l'escalade protectionniste. Dans ce contexte, la conférence de Yaoundé s'annonce sous haute tension.
D'abord, parce que les mesures américaines contreviennent aux règles de l'OMC, accentuant l'image d'une institution impuissante. Les discussions pourraient alors se concentrer sur la survie même du système multilatéral, certains diplomates appelant à la retenue face à ce qu'ils qualifient de « choc Trump ». Ensuite, le dossier du commerce électronique promet des débats houleux, Washington poussant pour la suppression des droits de douane, tandis que plusieurs pays, dont l'Inde, s'y opposent fermement.
Enfin, l'accent mis par les États-Unis sur les accords bilatéraux incite d'autres puissances à adopter des stratégies similaires, menaçant la pertinence du cadre multilatéral et encourageant chaque État à défendre prioritairement ses propres intérêts. La réunion de Yaoundé s'ouvre donc dans une atmosphère de « chaos calculé », où la fragmentation du commerce mondial met à l'épreuve la capacité de l'OMC à jouer son rôle régulateur. Selon Louis Marie Kakdeu, deuxième vice-président du SDF, cette situation fragilise durablement le multilatéralisme. L'issue de cette conférence reste incertaine face aux profondes divisions et aux enjeux cruciaux pour l'avenir du commerce mondial.