Ousmanou Magadji explore la relation entre le premier président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, et le peuple Bamiléké, une dynamique essentielle pour comprendre l'histoire politique du pays.
« Personne ne peut gouverner cet immense pays sans l'apport des Bamilékés », affirmait Ahmadou Ahidjo, selon les propos rapportés par son épouse, Germaine Ahidjo. Cette déclaration, même formulée dans un contexte spécifique, résonne encore aujourd'hui. Les Bamilékés, reconnus pour leur dynamisme et leur esprit d'entreprise, ont toujours été un moteur de l'économie camerounaise.
Le Cameroun, avec ses plus de 200 ethnies, tribus et clans, présente une mosaïque culturelle complexe, parfois marquée par des antagonismes anciens. Dans ce contexte, bâtir un État uni représente un défi de taille. La réussite d'Ahidjo réside dans sa capacité à naviguer dans cette diversité ethnique, en utilisant sa connaissance des différentes cultures pour édifier l'État et forger une nation.
Au moment de choisir son successeur, Ahidjo a écarté l'option d'un Bamiléké, craignant que leur nationalisme ardent ne fragilise les relations avec les anciens colons. Il privilégia Paul Biya, un Bulu perçu comme plus malléable, malgré les réserves de son épouse Germaine. Ahidjo pensait pouvoir guider Biya, une perspective qu'il jugeait moins probable avec un Bamiléké. Germaine Ahidjo a révélé que son mari considérait Paul Biya comme non tribaliste, bilingue et sans antécédents politiques compromettants. D'autres collaborateurs potentiels, comme Samuel Eboua, étaient écartés en raison de leurs préjugés envers les Bamilékés.
Ahidjo croyait faire le meilleur choix pour l'avenir du Cameroun. Avec le recul, il est possible de remettre en question ce choix, mais il est plus constructif de se concentrer sur la correction des erreurs du passé et la consolidation des acquis.
Ousmanou Magadji souligne la nécessité de dépasser le tribalisme pour bâtir un Cameroun plus inclusif. Il appelle à une réflexion sur l'accession au pouvoir de personnalités issues d'autres régions et groupes ethniques, non pas comme une revendication identitaire, mais comme un symbole d'unité nationale.