L'annonce d'un don de riz de la Chine au Cameroun en 2026 a suscité des réactions mitigées, ravivant le débat sur la capacité du pays à assurer son autosuffisance alimentaire. Alors que le Cameroun dispose de vastes terres arables, d'une population jeune et d'un climat favorable à l'agriculture, certains observateurs s'interrogent sur la nécessité de recourir à une aide extérieure pour un produit de base comme le riz.
L'observateur politique Armand Noutack II a exprimé son étonnement face à cette situation. « Ça ne sonne pas un peu bizarre de lire partout qu’en 2026, la Chine va faire un don de riz à un pays comme le Cameroun ? », s'est-il interrogé, pointant du doigt le potentiel inexploité du pays. Il a notamment souligné que le Cameroun possède tous les atouts nécessaires pour non seulement satisfaire sa propre demande, mais aussi exporter le surplus vers la zone CEMAC.
Cette polémique met en lumière les défis persistants auxquels le Cameroun est confronté pour développer sa filière rizicole. Malgré les efforts du gouvernement pour accroître la production locale, le pays reste fortement dépendant des importations. En 2024, le Cameroun a dépensé 318,6 milliards de FCFA pour importer du riz, soit 6,4% du total de ses importations.
Le gouvernement camerounais s'est fixé des objectifs ambitieux pour réduire sa dépendance au riz importé. Dans le cadre de la stratégie nationale de développement de la filière riz, il ambitionne de porter la production de 140 710 tonnes en 2024 à environ 460 000 tonnes en 2027, puis à 750 000 tonnes en 2030, ce qui correspondrait à un taux d'autosuffisance de 97%. Divers projets sont en cours pour atteindre ces objectifs, notamment un partenariat avec la société israélienne Ekobell pour développer 10 000 hectares de riziculture pluviale dans les régions du Nord et de l'Adamaoua.
Parallèlement à ces initiatives, le gouvernement a également débloqué 9 milliards de FCFA pour booster la production de la SEMRY (Société d'expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua) et de l'UNVDA (Upper Noun Valley Development Authority) dès 2026. Ces fonds seront utilisés pour moderniser les procédures de culture, mécaniser les récoltes et fournir un fonds de roulement pour l'achat du riz paddy aux riziculteurs.
La question de la distribution du riz donné par la Chine reste en suspens. Armand Noutack II a soulevé des interrogations quant à savoir si ce riz sera partagé à tous les Camerounais ou s'il entrera dans le circuit commercial interne. Il a également rappelé le débat sur la disparition de 4000 sacs de riz Orca pendant la période COVID-19, soulignant la nécessité de transparence dans la gestion de ces dons.
Si le Cameroun ambitionne d'atteindre l'autosuffisance en riz, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour surmonter les défis liés à la production, à la transformation et à la distribution. Le pays devra notamment améliorer les infrastructures, faciliter l'accès aux semences de qualité et renforcer l'encadrement des producteurs. Le directeur général adjoint de la SEMRY a d'ailleurs affirmé que le Cameroun peut atteindre son autosuffisance, à condition de réhabiliter l'outil de production.