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Opération Épervier au Cameroun : Entre Allègement de Dette, Règlements de Comptes et Vérités Cachées

L'opération Épervier au Cameroun, lancée en 2006 pour lutter contre la corruption, s'est transformée en règlement de comptes politiques, compromettant l'allègement de la dette et soulevant des questio

Opération Épervier au Cameroun : Entre Allègement de Dette, Règlements de Comptes et Vérités Cachées
Actualités Cameroun

Le 28 avril 2006 a marqué une date importante pour le Cameroun, le pays visant à atteindre le point d'achèvement de l'initiative PPTE, une étape qui promettait un allègement de dette de plus de 700 milliards de francs CFA, équivalant à 27 % de la dette nationale. Cependant, derrière cette perspective financière se cachait une réalité plus complexe. L'initiative PPTE, conçue par le FMI et la Banque mondiale, avait pour but de réduire la dette des pays les plus pauvres à un niveau gérable. Pour le Cameroun, l'atteinte de ce point d'achèvement nécessitait de démontrer une bonne gouvernance, incitant les institutions de Bretton Woods à exiger un gage supplémentaire de bonne volonté.

C'est dans ce contexte qu'est née l'opération Épervier, une campagne anti-corruption lancée par le palais d'Étoudi pour prouver la détermination de Yaoundé. Selon certaines sources, cette stratégie aurait été suggérée par un expert du FMI, Emmanuel Essimi Menye, aujourd'hui en fuite et lui-même confronté à des accusations de détournement de fonds. Cependant, l'opération Épervier s'est rapidement transformée en un outil de règlement de comptes politiques. Les cibles n'étaient pas toujours les individus les plus corrompus, mais plutôt des ennemis politiques ou des personnalités dont l'influence était jugée menaçante. Des magistrats et des auxiliaires de justice étaient chargés de trouver des preuves à leur encontre, dans un système où la corruption était généralisée.

Des cas emblématiques illustrent cette dérive. Urbain Olanguena Awono, ancien ministre de la Santé, a été arrêté pour avoir défié Chantal Biya, la Première Dame. De même, Emmanuel Gérard Ondo Ndong, ancien patron du FEICOM, a été condamné à 50 ans de prison pour avoir fait preuve de trop de générosité lors de la construction de la villa présidentielle du Golf, suscitant des rumeurs sur sa proximité avec la belle-mère du président. André Bello Mbélé, ancien ministre des Mines, a été victime d'une violente agression pour avoir importuné celle qui allait devenir la belle-mère du président.

Gilles Roger Belinga, polytechnicien ayant piloté la construction de l'hôtel Hilton de Yaoundé, a été arrêté peu après avoir publié un livre à la gloire de Paul Biya, devenant ainsi un symbole de l'échec du régime. Sous sa direction, la SIC, initialement destinée à loger les fonctionnaires à prix abordable, a vu ses ambitions compromises. Le Cameroun a certes obtenu le point d'achèvement de l'initiative PPTE, mais au prix d'une transformation en pays pauvre très endetté. L'opération Épervier, initialement conçue pour lutter contre la corruption, a surtout servi à régler des différends politiques.

Vingt ans après, en février 2026, d'anciens hauts fonctionnaires tels que Gilles Roger Belinga et Gérard Ondo Ondo ont été libérés après avoir purgé des peines de prison liées à l'opération Épervier. Leur libération a ravivé les débats sur le devenir des fonds publics détournés et sur l'efficacité réelle de cette campagne anti-corruption. La question de savoir si l'argent de la dette allégée a réellement profité au peuple camerounais ou s'il a simplement consolidé un système où la justice est instrumentalisée reste posée.