Kaptmedia

Mariage traditionnel africain et droit colonial au Cameroun : un héritage conflictuel

Au Cameroun, le mariage traditionnel, alliance entre familles, est menacé par les lois coloniales. Des réformes sont nécessaires pour intégrer le droit coutumier et protéger l'héritage africain.

Mariage traditionnel africain et droit colonial au Cameroun : un héritage conflictuel
Actualités Cameroun

Au Cameroun, comme dans de nombreuses régions d'Afrique, le mariage dépasse la simple union de deux individus. Il s'agit d'une alliance complexe entre deux familles, deux lignages, ancrée dans des siècles de traditions et de spiritualité. Pourtant, l'introduction du mariage civil et des lois de succession pendant la colonisation a progressivement érodé ces coutumes ancestrales, entraînant des conflits familiaux et des pertes d'héritage.

La formule occidentale du mariage, souvent récitée lors des cérémonies civiles et religieuses, met l'accent sur la rupture de l'individu avec sa famille d'origine pour former une nouvelle entité avec son conjoint. Cette vision individualiste contraste fortement avec la conception africaine du mariage comme un pacte communautaire, où les liens familiaux sont maintenus et renforcés. La dot, par exemple, n'est pas une transaction commerciale, mais une reconnaissance et un engagement entre les clans.

L'héritage juridique de la colonisation, notamment le Code civil, continue d'influencer le droit de la famille au Cameroun. L'ordonnance n°81-02 de 1981 accorde une place prépondérante au conjoint survivant dans la gestion de la succession, souvent au détriment de la famille biologique du défunt. Cette situation conduit à des litiges complexes autour des dépouilles mortelles et des héritages, laissant des familles déchirées et des enfants sans racines.

Face à ces défis, des voix s'élèvent pour une réforme du droit de la famille qui intègre le droit coutumier et les réalités sociales africaines. Des pays comme le Rwanda et le Sénégal ont déjà entrepris des réflexions en ce sens. Au Cameroun, la reconnaissance officielle de la coexistence du droit civil et du droit coutumier pourrait ouvrir la voie à des réformes concrètes, telles que la prise en compte des droits coutumiers dans les décisions de justice et la sensibilisation aux droits coutumiers. En décembre 2024, l'Assemblée Nationale du Cameroun a adopté la loi n° 2024/016, accordant une reconnaissance légale aux mariages coutumiers, visant à intégrer les pratiques traditionnelles dans le cadre juridique formel du Cameroun. La loi élève les mariages coutumiers au même statut juridique que les mariages civils.

Il est impératif de transmettre aux générations futures la richesse de l'histoire africaine, la valeur des langues maternelles, le sens des rites de passage et l'importance de l'appartenance clanique. Une lecture critique des lois permettra de les faire évoluer pour qu'elles correspondent aux réalités africaines et restaurent la dignité et la personnalité africaine.

Source : www.237online.com