Le ministre camerounais des Biens de l’État, du Cadastre et du Régime foncier, Henri Eyebe Ayissi, a annulé deux titres fonciers litigieux utilisés par un groupe d’individus pour s’approprier des terres à Ewonda, un village de Buea, dans le département de Fako, région du Sud-Ouest du Cameroun. Ces individus cherchaient à créer un lotissement illégal nommé Bas-Ewonda.
La décision a été officialisée par un arrêté ministériel publié à Yaoundé le 4 mars 2026, qui déclare nuls et non avenus les titres fonciers n° 016325 et 016331/Fako.
Dans un courrier adressé aux représentants de la communauté villageoise de Bas-Ewonda, le ministre Eyebe Ayissi a justifié cette annulation par une pétition et des enquêtes ayant révélé de graves irrégularités dans la procédure d’émission des titres. L'article 27 du décret n° 76-165 du 27 avril 1976, qui fixe les conditions d’obtention des titres fonciers au Cameroun et établit le cadre juridique pour l’annulation des titres irréguliers, a été évoqué.
Les enquêtes du ministère ont révélé que les titres avaient été initialement délivrés à des personnes souhaitant établir un nouveau village, Bas-Ewonda, sur des terres appartenant à des particuliers et à la communauté locale. L'arrêté ministériel souligne des irrégularités dans l'interprétation et l'exécution d'une décision du tribunal de première instance de Buea, ainsi qu'une « appropriation indue de biens appartenant à des tiers » par les bénéficiaires des titres, induisant l'administration en erreur.
La contestation avait été portée à l'attention du ministère par une requête de Me Nyonbadmia Evine, représentant Joseph Mokake Luma et d'autres propriétaires fonciers. Une mission d'enquête avait été dépêchée à Buea en mai 2025, et ses conclusions, ainsi que les rapports de la délégation régionale du ministère, ont servi de base à la décision d'annulation.
Le ministre a réaffirmé la caducité des titres fonciers dès la constatation des irrégularités, précisant que les parcelles concernées retrouveraient leur statut juridique initial de terres domaniales. Les autorités administratives de Fako ont été chargées de l'application de cette décision.
Cette annulation met fin au projet d'établissement de Bas-Ewonda et constitue une victoire pour les propriétaires fonciers locaux qui s'opposaient à ce qu'ils considéraient comme une tentative d'accaparement de leurs terres. Les conflits fonciers restent fréquents au Cameroun, en particulier dans les régions en développement rapide comme Buea. La complexité du système juridique camerounais, qui combine droit coutumier et droit écrit, est une source de litiges.