Le Cameroun a chiffré à 890 milliards de FCFA le coût de la réhabilitation du corridor routier Douala-Bangui, un axe long de près de 800 kilomètres sur le territoire camerounais. Cette infrastructure est considérée comme stratégique pour les échanges entre le Cameroun et la République centrafricaine (RCA), et plus largement pour l’économie de l’Afrique centrale.
Le ministère des Travaux publics (MINTP) a conçu un programme de réhabilitation structuré en trois phases, visant à réduire les coûts d’exploitation des transporteurs et à raccourcir les temps de parcours. Le projet ambitionne également de désenclaver les localités desservies, d’améliorer les conditions de vie des populations et de soutenir l’activité économique locale. Selon les dernières données du MINTP, ce corridor supporte près de 40 % des flux commerciaux terrestres entre le Cameroun et ses voisins d'Afrique centrale.
La première phase, prévue à partir de 2027, nécessitera un investissement de 425 milliards de FCFA. Elle comprendra la reconstruction de l’axe Yaoundé-Douala, en ciblant les tronçons les plus dégradés et les plus fréquentés, ainsi que la construction d’un second pont sur la Dibamba et la remise à niveau de la section Yaoundé-Ayos-Bonis-Bertoua-Garoua Boulaï. Cette enveloppe servira aussi à financer des réformes liées à l’entretien routier, au contrôle de la charge à l’essieu et aux études préparatoires de la phase suivante. Un appui à l’accès aux services pour les réfugiés en RCA est également prévu. Le gouvernement espère mobiliser des fonds auprès de la Banque mondiale, de l’AFD, de l’Union européenne et de la BEI pour cette étape.
La deuxième phase, attendue à partir de 2028, se concentrera sur l’amélioration de l’organisation logistique du corridor. Elle financera des actions de facilitation du commerce, d’amélioration de la logistique, de baisse des coûts de transport et de fluidification des passages frontaliers. Cette phase renforcera également le cadre institutionnel et préparera une participation accrue du secteur privé. Le MINTP indique que 540 millions de dollars (environ 300 milliards de FCFA) pourraient être mobilisés auprès de la Banque mondiale. La Banque islamique de développement est également envisagée comme partenaire financier.
La troisième phase, prévue pour 2031, est chiffrée à 164 milliards de FCFA, que le gouvernement souhaite obtenir de la Banque mondiale. Cette dernière étape vise à achever la remise à niveau du corridor et à en faire un levier de développement économique local. Elle soutiendra les chaînes de valeur agricoles et logistiques, favorisera l’émergence de pôles logistiques, attirera des investissements privés dans l’agroalimentaire et les services, et élargira l’accès aux services de base pour les réfugiés au Cameroun.
Le 10 avril 2026, le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, a rencontré une délégation de la Banque mondiale conduite par Alphonse Soh pour examiner les conclusions préliminaires du projet. La Banque mondiale envisage une contribution financière d'environ 400 millions de dollars, soit plus de 220 milliards de FCFA. Les processus de passation de marchés sont en voie d'achèvement, les documents d'appel d'offres étant en cours de finalisation pour permettre la signature rapide des contrats une fois le financement garanti. Selon la Cameroon Development Corporation (CDC), l'amélioration de ce corridor pourrait réduire le temps de trajet entre Douala et la frontière centrafricaine d'environ 25 % et diminuer les coûts logistiques de 15 à 20 % pour les entreprises de transit.
La réhabilitation du corridor Douala-Bangui est considérée comme un projet de transformation pour le Cameroun, visant à améliorer la sécurité routière, à rationaliser le transport, à stimuler le commerce transfrontalier et à soutenir l'intégration économique en Afrique centrale.