L'Europe face à un paradoxe énergétique : condamner l'Iran tout en justifiant les actions d'Israël révèle un double standard dans la politique internationale. Alors qu'Israël bombarde des infrastructures énergétiques en Iran et que l'Iran riposte en ciblant des infrastructures similaires en Israël, la réaction européenne est loin d'être neutre. L'Iran est immédiatement qualifié d'« État terroriste », tandis qu'Israël se voit accorder le droit de se défendre, une asymétrie qui met en lumière une contradiction profonde dans la doctrine diplomatique occidentale.
Les capitales européennes perçoivent l'Iran comme une force déstabilisatrice régionale, soutenant divers groupes armés au Moyen-Orient. Israël, en revanche, bénéficie d'une reconnaissance de son droit à la sécurité et d'un ancrage diplomatique solide. Cette distinction conduit à une doctrine de sécurité européenne qui différencie les « frappes défensives » de l'« agression terroriste », ignorant la réalité que frapper une infrastructure énergétique, qu'elle soit israélienne ou iranienne, produit des conséquences similaires.
Cette approche repose sur une construction discursive où l'infrastructure israélienne est perçue comme un symbole de vulnérabilité civile, tandis que l'infrastructure iranienne est considérée comme un objectif militaire légitime. Les liens historiques et les alliances stratégiques entre l'Europe et Israël, notamment en matière de renseignement et de sécurité, expliquent en partie cette asymétrie. Le terme « État terroriste » suspend toute considération de proportionnalité en ce qui concerne l'Iran.
Cette dissonance diplomatique a des conséquences importantes. Elle affaiblit la crédibilité des institutions européennes, car toute condamnation future d'attaques contre des infrastructures civiles sera confrontée à ce précédent. Les critiques du Sud global, notamment de la Chine et de la Russie, exploitent cette contradiction pour contester l'ordre international dominé par l'Occident. La protection des infrastructures énergétiques en tant que bien commun mondial s'en trouve compromise.
La position européenne révèle une tension entre la défense d'alliés historiques et le respect de principes universels. Jusqu'où l'Europe peut-elle maintenir cette logique de deux poids, deux mesures sans que sa crédibilité ne soit irrémédiablement compromise ?