Le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM) et la famille d'Anicet Ekane accusent l'État camerounais d'être responsable de la mort du leader politique, survenue le 1er décembre 2025. Anicet Ekane, âgé de 74 ans, avait été interpellé le 24 octobre 2025 à Douala et transféré au Secrétariat d'État à la Défense (SED) à Yaoundé.
Selon le MANIDEM, cette arrestation et le décès qui s'en est suivi constituent un assassinat délibéré. Ekane souffrait de problèmes respiratoires sévères et nécessitait un extracteur d'oxygène, qui lui aurait été confisqué lors de son arrestation. Ses avocats ont demandé à plusieurs reprises la restitution de cet appareil vital, mais il ne lui a été rendu que tardivement, sans permettre une prise en charge adaptée.
Des sources internes à l'appareil sécuritaire ont révélé que des alertes avaient été émises concernant la dégradation de l'état de santé d'Anicet Ekane. Un médecin militaire attaché au SED aurait adressé deux notes de service, les 28 octobre et 5 novembre 2025, recommandant son transfert vers un hôpital civil. Ces recommandations seraient restées sans suite, ce que le MANIDEM dénonce comme une « mise à mort programmée ».
L'enquête de Jeune Afrique a mis en lumière des tensions entre le SED et la gendarmerie concernant la prise en charge du détenu. Le SED aurait insisté pour le garder « à l'interne » pour des raisons de sécurité, retardant ainsi son éventuelle hospitalisation. Le corps d'Anicet Ekane a été placé sous scellés à la morgue de l'hôpital central de Yaoundé, et sa famille a été privée de la dépouille pendant 85 jours, une situation qualifiée de « séquestration » par ses avocats.
La levée des scellés est intervenue le 23 février 2026, permettant enfin à la famille d'organiser les obsèques. Cependant, le rapport d'autopsie reste secret, et sa publication dépendra de la volonté des proches. Cette affaire cristallise la défiance envers le système judiciaire et pénitentiaire camerounais. Human Rights Watch dénonce un « échec systémique à protéger la vie et la dignité des personnes privées de liberté ». L'organisation souligne que l'impunité chronique dans les cas de décès en détention menace la crédibilité des institutions.
Le ministre de la Communication du Cameroun, René Emmanuel Sadi, a déclaré que le président Paul Biya a ordonné une enquête sur les circonstances entourant le décès d'Ekane. Le SED a déclaré qu'Ekane souffrait de problèmes de santé chroniques et qu'il recevait des soins médicaux appropriés.
Human Rights Watch a appelé à une enquête impartiale, rapide et efficace sur la mort d'Anicet Ekane. L'organisation souligne que les autorités camerounaises sont responsables de la mort d'Ekane, car il était sous leur garde au moment de son décès. Human Rights Watch a documenté d'autres cas de décès en détention au Cameroun, soulignant un schéma d'abus de la part des forces de sécurité camerounaises.
Alors que la famille d'Anicet Ekane a pu finalement organiser ses obsèques, de nombreuses questions demeurent sans réponse, notamment les raisons de son arrestation et les circonstances exactes de son décès. La mort d'Anicet Ekane met en lumière les conditions de détention au Cameroun et le traitement des opposants politiques.