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Crise du cacao au Cameroun : chute des prix et désespoir chez les producteurs

La chute des prix du cacao au Cameroun pousse les producteurs au désespoir. Endettement, stocks invendus, et même des suicides sont signalés. Une crise menace ce pilier de l'économie.

Crise du cacao au Cameroun : chute des prix et désespoir chez les producteurs
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La filière cacaoyère camerounaise est confrontée à une crise aiguë, marquée par une chute drastique des prix et des conséquences désastreuses pour les producteurs. Dans les régions du Sud et du Centre, le prix du cacao bord champ a dégringolé, oscillant entre 800 et 1 000 FCFA le kilogramme en 2026, contre 6 000 FCFA il y a seulement deux ans. Cette dégringolade a plongé des milliers de familles rurales dans une situation financière critique, conduisant dans certains cas à des suicides, selon des acteurs de la filière.

Le Cameroun, autrefois considéré comme le troisième producteur africain et le cinquième mondial de cacao, voit ce pilier de son économie vaciller. Au premier trimestre 2025, le cacao avait même surpassé les hydrocarbures en tant que principale source de revenus d'exportation, représentant 44,8 % des recettes globales, soit 500,3 milliards de FCFA. Cependant, la chute des prix internationaux a entraîné une baisse vertigineuse des prix bord champ, accentuant les difficultés des producteurs.

De nombreux producteurs, anticipant des prix stables, s'étaient endettés pour investir dans leurs exploitations. Aujourd'hui, ils se retrouvent incapables de rembourser leurs dettes, piégés par la réalité du marché. Face à cette situation, certains producteurs préfèrent suspendre leurs ventes, refusant de brader leurs récoltes, ce qui entraîne une accumulation des stocks dans les entrepôts. D'autres envisagent d'abandonner leurs cacaoyères pour se tourner vers des cultures vivrières, une décision risquée compte tenu de la valeur à long terme du cacao et des réglementations européennes sur la déforestation.

Plusieurs facteurs expliquent cette crise. Une offre mondiale excédentaire, due à la reprise des récoltes en Côte d'Ivoire et au Ghana, ainsi qu'à l'augmentation de la production en Équateur, exerce une pression à la baisse sur les prix. Parallèlement, la demande mondiale a diminué, les fabricants de chocolat réduisant la taille des barres, augmentant la proportion d'ingrédients autres que le cacao et substituant le beurre de cacao par d'autres graisses.

Face à cette crise, des experts appellent à des réformes structurelles. Henri Kouam, Directeur Exécutif du Cameroon Economic Policy Institute (CEPI), souligne la nécessité pour le gouvernement d'agir sur plusieurs fronts, notamment en encourageant la transformation locale du cacao et en capitalisant sur la certification « Red Cocoa » pour les fèves de qualité supérieure. L'augmentation de la capacité de transformation locale, qui dépasse désormais les 100 000 tonnes par an, soit 32 % de la récolte, pourrait réduire l'exposition à la volatilité des marchés des matières premières.

Malgré les difficultés actuelles, le Cameroun a lancé la campagne cacaoyère 2025-2026 à Mbankomo, réaffirmant l'importance stratégique du cacao pour l'économie nationale. Le gouvernement vise à moderniser la SODECAO et à promouvoir les ventes groupées de cacao, tout en introduisant des techniques agricoles améliorées pour augmenter les rendements. L'objectif est de renforcer la résilience des producteurs grâce à une meilleure information sur le marché et à un soutien technique accru.

Les prix du cacao au Cameroun oscillent autour de 2 500 FCFA/kg, un niveau inférieur aux objectifs gouvernementaux pour la campagne 2025-2026. La situation met en évidence la nécessité d'une action concertée pour soutenir les producteurs et assurer la pérennité de la filière cacaoyère camerounaise.

Source : www.237online.com