Au Cameroun, la célébration de la Journée internationale des droits de la femme, le 8 mars, est une tradition ancrée, marquée par un défilé où les femmes arborent un pagne spécialement conçu pour l'occasion. Cependant, cette année, la question du coût de ce pagne soulève des préoccupations quant à l'inclusion réelle de toutes les femmes dans cette célébration. Adeline Tsopgni, leader estudiantine et citoyenne engagée, a exprimé ses préoccupations concernant le prix élevé du pagne du 8 mars, remettant en question l'accessibilité de cette célébration pour toutes les femmes camerounaises.
Tsopgni souligne que le 8 mars est bien plus qu'une simple date festive ; c'est un héritage de luttes pour les droits des femmes, une journée de revendication et de bilan. Elle rappelle qu'à l'origine, cette journée était un cri lancé par des femmes invisibles et exploitées, privées de droits fondamentaux. L'idée de Clara Zetkin en 1910 était de revendiquer la justice, et non de célébrer une identité. En 1977, l'ONU officialisait cette date, consacrant une lutte historique. Au Cameroun, la célébration officielle a débuté en 1986, avec l'ambition d'institutionnaliser un moment de réflexion et d'action autour de la condition féminine.
Au fil des années, le pagne officiel, produit par la Cotonnière Industrielle du Cameroun (CICAM), est devenu un symbole de cette journée. Toutefois, son prix a considérablement augmenté, passant d'un coût modeste dans les années 1980 à environ 15 000 à 17 000 FCFA cette année, soit une augmentation d'environ 36 % en un an. Cette inflation pose un problème majeur dans un contexte économique difficile, où de nombreuses femmes peinent à joindre les deux bouts. Le coût de la vie au Cameroun est élevé par rapport au salaire moyen.
Le paradoxe est que cette journée, censée promouvoir l'inclusion, risque d'accentuer l'exclusion. Certaines femmes, notamment celles des milieux ruraux ou défavorisés, ne peuvent tout simplement pas se permettre d'acheter le pagne et de payer les frais de couture, ce qui les empêche de participer pleinement aux festivités. Tsopgni s'interroge sur la pertinence de maintenir une organisation où le symbole devient un produit de consommation onéreux, transformant ainsi un espace de revendication en marché saisonnier.
Au-delà du pagne, Tsopgni critique la structuration même du 8 mars, souvent perçue comme une célébration mécanique, déconnectée des réalités sociales. Elle plaide pour que cette journée soit l'occasion d'aborder des thématiques brûlantes telles que les violences conjugales, l'accès au crédit pour les femmes rurales et la santé mentale féminine. Elle suggère d'organiser des actions de plaidoyer, d'interpeller les institutions judiciaires et d'exiger des réformes concrètes.
Pour les prochaines années, Tsopgni propose des solutions concrètes, telles que la mise en place d'un mécanisme de sponsoring transparent permettant de réduire le prix du pagne, voire de le distribuer gratuitement aux femmes défavorisées. Elle insiste sur la nécessité d'impliquer les jeunes femmes dans la conception des activités et l'évaluation des politiques publiques. Le 8 mars doit redevenir un espace politique où la voix des femmes est entendue. Le thème de la Journée internationale de la femme en 2026 au Cameroun est « Justice pour toutes les femmes et les filles », soulignant l'importance des droits, de l'accès à la justice et de la protection.
Le 8 mars n'est pas un simple tissu, mais un héritage de luttes et de sacrifices. Il est essentiel de réorienter la trajectoire de cette célébration pour qu'elle reste fidèle à son essence : un espace de revendication et de solidarité pour toutes les femmes, sans distinction.