Mahot Serge Wilfried a partagé un témoignage poignant sur les réseaux sociaux, révélant avoir été victime d'abus sexuels à l'âge de 7 ans par un cousin paternel pendant des vacances au village. Son récit, longtemps gardé secret, a été déclenché par l'affaire récente de Divine Mbarga, une autre affaire de violence sexuelle qui a secoué le Cameroun.
Durant ces vacances familiales, le jeune Serge, faute de logement propre, partageait un lit avec son agresseur, un cousin éloigné. La première nuit, l'homme s'est collé à lui. La nuit suivante, il a sorti un couteau et l'a contraint à un acte sexuel oral. Ces abus se sont répétés pendant la majeure partie du séjour. Pour réduire l'enfant au silence, l'agresseur a proféré des menaces de mort : « Si tu parles, je vais t’égorger comme un poulet. Même si tu repars à Yaoundé, je te retrouverai. »
Terrorisé, Serge a d'abord été débouté de sa demande de dormir avec sa grand-mère. Ce n'est que lorsqu'il est tombé malade qu'elle a accepté. Une fois en sécurité, il a demandé à rentrer à Yaoundé, mais il n'a rien révélé de ce qui s'était passé, la menace du couteau le hantant toujours.
De retour à Yaoundé, il a gardé le silence pendant des années. Lorsqu'il s'est finalement confié à une cousine, elle lui a conseillé de se taire pour éviter un scandale familial. Son père lui a dit de « laisser tomber », l’agresseur étant devenu fou. Ironiquement, Serge a retrouvé son agresseur des années plus tard, errant dans la rue, fouillant les poubelles. Il a alors exprimé toute sa rage, lui disant qu'il payait sans doute pour ses actes passés.
Le témoignage de Mahot Serge Wilfried survient dans un contexte de sensibilisation accrue aux violences sexuelles sur mineurs au Cameroun. Il souligne l'importance de briser le silence, même pour les hommes, qui sont souvent conditionnés à réprimer leurs émotions. « On apprend aux hommes à être forts, à se taire, à garder la face. Mais on ne guérit jamais de ce qu’on enfouit », a-t-il déclaré.
Serge a tenu à remercier Lova Nyemb Bassong, à qui il s’était confié en premier, soulignant que « briser le silence n’est pas une faiblesse, mais l’ultime acte de survie. » Son témoignage rare met en lumière le fait que les abus sexuels n’ont pas de genre et que les garçons peuvent aussi être victimes. Au Cameroun, la parole se libère peu à peu, mais le chemin reste long.
Les statistiques révèlent que les garçons représentent une part non négligeable des victimes d'abus sexuels. Une étude menée à Yaoundé a révélé que 27,5% des victimes d'abus sexuels étaient des garçons. Il existe des organisations qui offrent un soutien spécifique aux hommes ayant subi des abus sexuels.
Le courage de Mahot Serge Wilfried en brisant le silence est un appel à la société camerounaise à reconnaître et à prendre en charge les victimes masculines d'abus sexuels.