Les douanes camerounaises ont réalisé une saisie record de 50 tonnes de greisen, un minerai stratégique, dissimulées dans deux camions. L'opération, menée par la Brigade Mobile des Douanes de Bankim, s'est déroulée le dimanche 22 mars 2026 sur la Nationale 6, mettant ainsi fin à une tentative de fraude d'envergure.
Les deux camions, en provenance de Mayo-Darlé, ont été interceptés lors d'un contrôle de routine. À bord, les douaniers ont découvert 50 tonnes de greisen, une roche d'origine granitique particulièrement riche en cassitérite, le principal minerai d'étain. La cargaison, appartenant à une société minière, ne disposait d'aucun document douanier.
Le greisen est une roche issue de la transformation de granite par des fluides hydrothermaux. Cette roche est considérée comme essentielle pour l'industrie technologique, car elle contient non seulement de la cassitérite (minerai d'étain), mais aussi du tungstène, du molybdène et du niobium. Ces métaux sont indispensables dans divers secteurs tels que l'électronique, la défense et les énergies renouvelables. La cargaison saisie contenait une proportion exceptionnellement élevée de 50 % de cassitérite. La cassitérite est principalement utilisée comme matière première pour l'extraction et la fonte de l'étain. L'étain est utilisé dans les soudures pour l'électronique, dans la production d'alliages résistants à la corrosion, dans la fabrication du verre et comme revêtement pour d'autres métaux.
La destination officieuse des camions était la Chine. L'absence de déclaration d'exportation et de certificat de prise en charge constitue une infraction douanière grave. La douane camerounaise intensifie ses efforts pour lutter contre les trafics illicites de minerais, et cette saisie représente un coup dur pour une filière d'exportation frauduleuse bien organisée.
L'origine des minerais se situe à Mayo-Darlé, une zone d'activité minière artisanale et semi-industrielle. L'utilisation de la Nationale 6 permettait d'éviter les postes de contrôle frontaliers habituels, dans le but d'acheminer la cargaison vers un port d'embarquement clandestin. La fraude repose sur la sous-déclaration ou l'absence totale de documents, les sociétés minières externalisant souvent le transport à des intermédiaires.
Cette saisie constitue un signal fort pour les opérateurs miniers et les trafiquants. Pour l'État camerounais, chaque tonne de cassitérite exportée illégalement représente une perte de recettes fiscales et de redevances minières. La sécurisation des circuits d'exportation est donc une priorité budgétaire, et un contrôle renforcé est nécessaire pour éviter que le Cameroun ne continue de perdre une partie de ses richesses géologiques.
Le développement d'une filière minière responsable passe par la certification des exportations. Les saisies comme celle de Bankim fournissent des données précieuses pour cartographier les routes du trafic, mais l'absence de sanctions pénales exemplaires limite l'impact structurel des opérations de routine. La douane camerounaise affiche sa détermination, mais la lutte contre les exportations frauduleuses reste un défi de longue haleine.