Un décret présidentiel, rendu public le 25 mars 2026, prolonge le mandat des députés camerounais du 31 mars au 20 décembre 2026. Cette décision fait suite à l'adoption d'une loi en ce sens par l'Assemblée nationale.
Le gouvernement justifie cette prorogation par des contraintes budgétaires et des difficultés logistiques rencontrées par Elecam, l'organisme en charge des élections. Selon François Bolvine Wakata, ministre délégué à la présidence chargé des Relations avec les assemblées, l'État camerounais est toujours en train de réparer les dégâts de la crise post-électorale de 2025. Une première prorogation avait déjà été justifiée par la difficulté d'organiser simultanément plusieurs élections.
Cette décision intervient dans un contexte de changement à la tête de l'Assemblée nationale. Cavaye Yeguie Djibril a récemment été remplacé par Théodore Datouo, ancien vice-président de l'institution. Datouo, élu le 17 mars 2026, a désormais la possibilité de présider une année parlementaire complète, incluant les trois sessions ordinaires. Son élection marque un tournant, certains analystes politiques y voyant un test pour la crédibilité et l'indépendance du Parlement.
La prorogation du mandat des députés suscite des réactions mitigées. L'opposition dénonce une violation de la constitution et une manœuvre pour éviter des élections législatives potentiellement défavorables au parti au pouvoir. Des voix s'élèvent pour contester la légitimité des députés à voter des réformes constitutionnelles après une telle prolongation de mandat. Jean-Michel Nintcheu, un député de l'opposition, a qualifié cette prorogation d'« insulte à l'intelligence nationale ».
Le contexte politique camerounais reste tendu, marqué par des appels à une réforme du système électoral et une crise de confiance envers les institutions. La prolongation du mandat des députés, combinée à l'attente d'un nouveau gouvernement depuis la réélection contestée de Paul Biya en 2025, alimente les spéculations sur une possible dévolution dynastique du pouvoir. La prochaine échéance électorale est désormais fixée au 20 décembre 2026.