L'Assemblée nationale du Cameroun a adopté, le 23 mars 2026, un projet de loi prolongeant le mandat des députés jusqu'au 20 décembre 2026. Cette décision intervient malgré les contestations de l'opposition, qui dénonce une violation des lois. Le président de l'Assemblée, Théodore Datouo, a officialisé l'adoption à l'issue d'une séance plénière en présence des députés et du ministre délégué à la présidence chargé des relations avec les assemblées, François Bolvine Wakata. Ce dernier a défendu le texte en s'appuyant sur l'article 15(4) de la Constitution.
Selon François Bolvine Wakata, cette prorogation est justifiée par les événements survenus lors de l'élection présidentielle du 12 octobre 2026, notamment la destruction de bâtiments publics, dont des locaux d'Elections Cameroon (Elecam). La prolongation vise à permettre à Elecam de se réorganiser en vue des prochaines élections et d'alléger les charges financières liées aux scrutins pour le budget de l'État.
Cependant, cette justification n'a pas convaincu certains membres de l'opposition. Le député Jean Michel Nintcheu a qualifié l'exposé des motifs du gouvernement d' »insulte à l'intelligence nationale », soulignant qu'il s'agissait d'un copier-coller de celui utilisé pour justifier la prorogation de l'année précédente. Il accuse le gouvernement d'interpréter de manière fantaisiste l'article 15(4) de la Constitution à des fins électoralistes et de profiter de la situation post-électorale pour prolonger son mandat.
L'homme politique Abdouraman Hamadou Babba a également contesté la constitutionnalité de cette prorogation et a saisi le Conseil constitutionnel pour obtenir des éclaircissements sur l'avis motivé ayant conduit à cette décision. Il souhaite que le Conseil constitutionnel lui communique l'avis motivé par lequel il a déclaré au président de la République que les motifs de la seconde prorogation du mandat des députés sont conformes à la Constitution.
Malgré ces contestations, le projet de loi a été adopté à l'Assemblée nationale et devrait être entériné par le Sénat, largement dominé par le parti au pouvoir, avant d'être promulgué par le chef de l'État. Cette prolongation du mandat des députés intervient après une première prolongation votée en juillet 2024, repoussant initialement la fin de leur mandat de mars 2025 au 30 mars 2026. Les députés avaient été élus en janvier 2020 pour un mandat initial de cinq ans.