Dans un contexte politique tendu au Cameroun, marqué par la contestation des résultats de l'élection présidentielle du 12 octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary, figure de l'opposition, a utilisé un message de vœux à la communauté musulmane pour revendiquer la victoire. Cette démarche, survenue à l'issue du Ramadan, transforme un message religieux en acte de revendication politique, exacerbant les tensions mémorielles autour du scrutin.
Tchiroma Bakary, se présentant comme le « Président élu de la République du Cameroun », a remercié la communauté musulmane du Cameroun, la diaspora et les musulmans du monde pour leurs prières. Le message insiste sur le fait que des prières ont été élevées dans les mosquées nationales et à La Mecque pour le rétablissement de « la vérité des urnes », faisant ainsi référence à l'élection présidentielle contestée.
Cette stratégie d'ancrage dans le rite islamique mobilise des symboles forts tels que la purification, la maîtrise de soi et la solidarité, valeurs présentées comme le fondement d'un engagement citoyen lié à la foi religieuse. Le texte rappelle également la coïncidence du Ramadan avec le Carême chrétien, construisant un récit d'harmonie intercommunautaire pour renforcer la légitimité morale de la contestation des résultats électoraux.
En s'adressant aux musulmans durant un rite unificateur et en mentionnant les prières à La Mecque, Issa Tchiroma Bakary cherche à capter un capital symbolique fort et à conférer une onction spirituelle transnationale à sa revendication. L'utilisation du titre de « Président élu » est perçue comme une tentative de légitimation par la parole, en dehors des voies constitutionnelles camerounaises.
Cependant, cette stratégie risque d'accentuer les tensions et de fragmenter davantage le paysage politique, en superposant allégeances spirituelles et partisanes. L'usage systématique du religieux comme vecteur de revendication électorale pourrait remodeler les équilibres communautaires, avec le risque d'une institutionnalisation d'un double discours de légitimité.
Paul Biya, le président sortant, a été déclaré vainqueur de l'élection avec 53,66 % des voix, tandis que Tchiroma a obtenu 35,19 %. Les résultats officiels ont été contestés par Tchiroma, qui a dénoncé un manque de transparence et a appelé à une plus grande transparence. Des manifestations ont éclaté à travers le pays, certaines se soldant par des affrontements avec les forces de sécurité. Issa Tchiroma a par la suite fui vers la Gambie où il a obtenu l'asile.