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Cameroun : Human Rights Watch dénonce la clémence des peines pour le massacre de Ngarbuh

Human Rights Watch dénonce la clémence des peines infligées aux militaires coupables du massacre de Ngarbuh en 2020, soulignant l'impunité persistante et le manque de réparations pour les victimes. Un

Cameroun : Human Rights Watch dénonce la clémence des peines pour le massacre de Ngarbuh
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L'organisation Human Rights Watch (HRW) a vivement critiqué les peines jugées trop clémentes prononcées à l'encontre des militaires reconnus coupables du meurtre de 21 civils, majoritairement des femmes et des enfants, à Ngarbuh, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, le 14 février 2020. HRW a exprimé ses préoccupations dans un communiqué publié le 24 février, soulignant que le procès n'avait pas permis de rendre pleinement justice et de traduire en justice les commanditaires de ces actes.

Le tribunal militaire de Yaoundé a condamné des membres des forces de sécurité et un membre d'une milice pro-gouvernementale à des peines allant de cinq à dix ans de prison. Ilaria Allegrozzi, chercheuse principale sur l'Afrique chez HRW, a dénoncé l'incapacité des autorités à demander des comptes aux hauts gradés de l'armée et à offrir une réparation adéquate aux familles des victimes.

« L’incapacité du parquet et de la justice camerounais à enquêter sur les responsables, conjuguée au refus d’accorder des réparations, aggrave la souffrance des familles des victimes », a déclaré Ilaria Allegrozzi. Elle a ajouté que le procès de Ngarbuh n'avait pas permis d'établir pleinement les responsabilités ni d'obtenir une réparation significative.

Le massacre de Ngarbuh a eu lieu le 14 février 2020, lorsque des militaires camerounais, accompagnés de miliciens peuls, ont attaqué le village de Ngarbuh, situé dans le district de Ndu, dans la région du Nord-Ouest. L'attaque a causé la mort de 21 personnes, dont 13 enfants et une femme enceinte. Les assaillants ont également incendié des maisons, agressé des habitants et pillé des biens.

Initialement, le gouvernement avait nié la responsabilité des soldats, avant de reconnaître leur implication suite à la mise en place d'une commission d'enquête. Trois soldats, Baba Guida, Gilbert Haranga et Cyrille Sandings, ont été arrêtés, tandis qu'une vingtaine de miliciens peuls sont toujours en fuite. Le procès, qui a débuté le 17 décembre 2020, s'est conclu par des peines jugées insuffisantes par HRW.

Haranga et For, jugés par contumace, ont été condamnés à dix ans de prison, Guida à huit ans et Sandings à cinq ans, assorties d'une amende de 183 100 francs CFA chacun. HRW estime que ces peines ne reflètent pas la gravité des crimes commis, soulignant que le Code pénal camerounais prévoit la réclusion à perpétuité pour meurtre.

L'organisation a également critiqué le montant de l'indemnisation accordée aux victimes. Alors que celles-ci réclamaient 1,8 milliard de francs CFA, le tribunal a estimé ce montant injustifié, notant qu'elles avaient déjà perçu 80 millions de francs CFA. HRW a appelé le Centre des Nations Unies pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique centrale à offrir une assistance juridique et technique aux familles des victimes afin de leur permettre de déposer un recours solide en vue d’obtenir réparation et de garantir la protection continue de leurs droits.

La clémence des peines prononcées dans l'affaire de Ngarbuh soulève des questions quant à la volonté réelle des autorités camerounaises de lutter contre l'impunité et de garantir la protection des civils dans les zones de conflit. La situation des victimes et de leurs familles reste préoccupante, en l'absence de réparations adéquates et d'une justice pleinement rendue.

Source : actucameroun.info