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Cameroun : Arrestation de journalistes enquêtant sur des migrants expulsés des États-Unis

Quatre journalistes et un avocat arrêtés à Yaoundé alors qu'ils enquêtaient sur des migrants expulsés des États-Unis. L'affaire soulève des questions sur la liberté de la presse et les accords migrato

Cameroun : Arrestation de journalistes enquêtant sur des migrants expulsés des États-Unis
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Une vague d'indignation a déferlé au Cameroun suite à l'arrestation, le 18 février 2026 à Yaoundé, de quatre journalistes et d'un avocat enquêtant sur la situation de migrants expulsés des États-Unis et retenus dans la capitale camerounaise. L'incident a suscité de vives réactions tant au niveau national qu'international, soulevant des questions sur la liberté de la presse et la transparence des accords migratoires entre le Cameroun et les États-Unis.

Parmi les personnes interpellées figuraient trois journalistes de l'agence Associated Press (un reporter, un vidéaste et un photojournaliste) ainsi qu'un journaliste indépendant collaborant avec la BBC, Randy Joe Sa’ah. L'avocat camerounais Joseph Awah Fru, représentant légal de plusieurs migrants, a également été arrêté. Tous ont été conduits au siège de la police judiciaire pour être interrogés avant d'être retenus pendant plusieurs heures. Des sources rapportent qu'un des journalistes aurait même été giflé durant son interrogatoire.

Bien que libérés le jour même, les autorités ont confisqué leurs équipements, notamment téléphones, ordinateurs et matériel audiovisuel, sous prétexte de la présence d'« informations sensibles ». Aucune charge n'a été retenue contre eux à ce jour, mais la saisie du matériel suscite de vives inquiétudes quant à la protection des sources journalistiques et à la liberté d'informer.

L'affaire met en lumière la présence controversée de migrants expulsés des États-Unis et retenus au Cameroun. Une enquête du New York Times, publiée le 14 février 2026, révèle qu'un complexe sécurisé à Yaoundé servirait de centre de rétention pour ces migrants, dont aucun ne serait de nationalité camerounaise. Plus préoccupant encore, nombre d'entre eux bénéficieraient de protections juridiques aux États-Unis qui empêcheraient leur expulsion vers leur pays d'origine en raison de risques de persécution.

L'opacité entourant cette affaire est renforcée par l'absence de communication officielle des autorités camerounaises concernant un éventuel accord avec Washington pour l'accueil de ces migrants. Le Département d'État américain a également refusé de commenter, évoquant des « communications diplomatiques confidentielles ». Cette situation alimente les soupçons d'un accord secret entre les deux pays, dénoncé par l'avocat Joseph Awah Fru.

Des témoignages de migrants font état de pressions exercées pour les inciter à accepter un retour « volontaire » dans leur pays d'origine, sous peine de détention prolongée au Cameroun. Cette situation soulève de graves préoccupations quant au respect des droits humains et du droit international. L'arrestation des journalistes ajoute une dimension inquiétante, venant s'ajouter aux préoccupations concernant la liberté de la presse au Cameroun, déjà pointée du doigt par plusieurs organisations internationales.

L'affaire a pris une tournure diplomatique, suscitant l'attention des milieux diplomatiques et des ONG. Elle intervient dans un contexte où les États-Unis sont accusés de multiplier les expulsions vers des pays tiers pour contourner certaines décisions judiciaires. Le silence du gouvernement camerounais face à ces allégations ne fait qu'accroître la méfiance et les spéculations.

L'affaire des migrants expulsés met en lumière des enjeux diplomatiques sensibles et des questions fondamentales de transparence. Le Cameroun se retrouve sous pression pour clarifier sa position et garantir le respect des droits des migrants et de la presse, dans un contexte international où les pratiques migratoires des États-Unis sont de plus en plus contestées.