La Banque camerounaise des PME (BC-PME), créée en 2015 avec l'ambition de faciliter l'accès au crédit pour les petites entreprises, suscite aujourd'hui des interrogations quant à son efficacité et sa gestion. Après 11 ans d'existence, l'institution n'a financé que 85 projets pour un montant total inférieur à 2 milliards de FCFA, un bilan jugé « indécent » par certains observateurs.
La genèse de la BC-PME remonte au comice agropastoral d'Ebolowa en 2011, où le chef de l'État avait promis sa création. L'objectif était de combler le fossé entre les PME camerounaises et le financement bancaire, un défi majeur dans un pays où les PME représentent une part importante du tissu économique. Cependant, dès ses débuts, la banque a été confrontée à des difficultés, notamment une illiquidité persistante.
En 2018, la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC), le régulateur financier de la zone CEMAC, a ouvert une procédure disciplinaire contre la BC-PME et ses dirigeants, aboutissant à la suspension de sa directrice générale. Cette sanction, rare dans le milieu bancaire camerounais, témoigne des problèmes de gouvernance et de gestion qui ont entravé le développement de l'institution.
Malgré ce bilan contrasté et les critiques persistantes, le ministère des Finances (MINFI) envisage de confier à la BC-PME un rôle clé dans la stratégie de substitution aux importations, un projet prioritaire du gouvernement. Cette décision suscite l'incompréhension et l'inquiétude chez certains observateurs, à l'instar du journaliste économique Albin Njilo, qui dénonce une « aberration économique ». Selon lui, la substitution aux importations nécessite des mesures structurelles plus vastes que le simple financement de la production locale.
Une recapitalisation de la BC-PME est également à l'étude, une perspective qui divise les milieux économiques. Certains craignent que l'injection de nouveaux fonds publics dans une structure qui a déjà montré ses limites ne soit qu'un gaspillage d'argent. D'autres estiment qu'une réforme en profondeur de la banque, accompagnée d'une recapitalisation, pourrait lui permettre de remplir enfin sa mission de soutien aux PME. En février 2026, l'institution a approuvé une augmentation de capital de 40 milliards de FCFA, sous réserve de l'autorisation de la COBAC. Si approuvée, le capital social de la banque passera de 20 à 60 milliards de FCFA.
La question de la responsabilité dans les difficultés rencontrées par la BC-PME reste également posée. Comment une banque peut-elle accumuler des pertes de 5 milliards de FCFA en finançant si peu de projets sans que des responsabilités individuelles ne soient établies ? La COBAC a sanctionné la directrice générale, mais les « architectes » de ce fiasco ont-ils été inquiétés ?
En attendant, l'avenir de la Banque des PME reste incertain, partagé entre la nécessité de soutenir le développement des petites entreprises et les doutes sur sa capacité à le faire efficacement. L'impact positif de la Banque des PME est aujourd'hui insignifiant, selon Albin Njilo.