Le politologue camerounais Aristide Mono a exprimé des interrogations sur la nature des relations entre le Vatican et le gouvernement de Paul Biya, à l'approche de la visite du Pape Léon XIV au Cameroun en avril 2026.
Mono, connu pour ses analyses politiques incisives à l'émission "Droit de réponse" sur Equinoxe Tv, s'est demandé ce qui pouvait justifier une proximité entre le Vatican et un régime qu'il qualifie de "peu recommandable". Il a déclaré : "Le Vatican nous dira ce qu’il fabrique avec le régime de Paul Biya, parce que vous ne pouvez pas vous permettre autant de fréquentations avec des gens déconseillables, peu recommandables".
Pour illustrer son malaise, Mono a établi une comparaison frappante : "Imaginez : un évêque ou un prêtre, pendant 44 ans, continue de rendre visite à un chef de gang dans un village, dans une ville. Chaque fois, on le voit partager la bière avec des dealers, des vendeurs de drogue, des vendeurs de kior [drogue dure]. On se demande bien… même s’il veut suivre la logique selon laquelle Jésus est venu pour les pêcheurs, à un moment donné, on va quand même se poser des questions", a-t-il ajouté.
La visite du Pape Léon XIV au Cameroun est prévue du 15 au 18 avril 2026. Il se rendra à Yaoundé, Douala et Bamenda. Cette visite s'inscrit dans le cadre d'une tournée africaine plus large qui le mènera également en Algérie, en Angola et en Guinée équatoriale.
Le Pape Léon XIV sera le troisième souverain pontife à se rendre au Cameroun, après Jean-Paul II en 1985 et 1995, et Benoît XVI en 2009. Cette visite intervient dans un contexte de tensions politiques et sécuritaires persistantes au Cameroun. L'élection présidentielle contestée d'octobre 2025, ainsi que le conflit séparatiste dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, contribuent à un climat de crise.
L'archevêque de Bamenda, Andrew Nkea, a déclaré que le pape viendrait "comme un ambassadeur de la paix et un apôtre de la réconciliation". La présence du Pape à Bamenda, épicentre de la crise anglophone, revêt une importance symbolique forte.
Les relations entre le Cameroun et le Vatican sont anciennes, avec un partenariat spirituel et diplomatique établi depuis 1966. La visite du Pape Léon XIV pourrait être l'occasion de renforcer ces liens, mais les interrogations d'Aristide Mono soulignent les défis et les complexités de cette relation.
Au-delà des aspects religieux, cette visite papale est perçue par certains comme un potentiel catalyseur pour la paix, la cohésion nationale et la consolidation démocratique dans le pays.