Le Tchad, pays enclavé, dépend fortement des ports de Douala et de Kribi au Cameroun pour son commerce extérieur. Lors d'un atelier régional de l'Observatoire des Pratiques Anormales sur les corridors d'Afrique Centrale (OPA-AC) qui s'est tenu du 12 au 19 février 2026, Mahamat Djibrine, président du Syndicat des commissionnaires agréés en douanes et transitaires du Tchad (SYCODAF-TCHAD), a souligné l'importance cruciale du port de Douala pour l'économie tchadienne, tout en pointant les défis persistants.
Djibrine a mis en évidence la congestion du port de Douala, entraînant des délais excessifs et des frais de stationnement supplémentaires pour les marchandises tchadiennes. Il a également dénoncé les « faux frais » et le travail extra légal, ainsi que le manque de GPS et de balises, qui entravent le suivi des cargaisons. Malgré les efforts déployés par les autorités portuaires, il estime que des améliorations significatives sont encore nécessaires.
Au-delà du port, Djibrine a signalé la prolifération desPostes de contrôle sur le corridor Douala-Ndjamena, avec plus de 150 checkpoints recensés, alors que seulement quatre sont officiellement autorisés. Ces contrôles illégaux entraînent des paiements de pots-de-vin estimés entre 300 et 350 francs CFA, augmentant les coûts pour les importateurs et les consommateurs tchadiens.
Des missions conjointes camerounaises et tchadiennes ont permis de réduire le nombre de checkpoints à une trentaine, mais la persistance de la corruption reste un défi. Djibrine espère que l'OPA-AC et une volonté politique accrue permettront d'inverser cette tendance.
Théoriquement, le transit entre Douala et Ndjamena devrait prendre quatre à cinq jours, mais les tracasseries et les retards liés au manque de GPS et de balises prolongent souvent ce délai jusqu'à 11 jours. Djibrine a insisté sur la nécessité d'une interconnexion informatique entre les systèmes CAMSIS du Cameroun et SYDONIA du Tchad, ainsi que sur l'autorisation pour les transporteurs d'utiliser des GPS interconnectés au système douanier camerounais pour sécuriser les marchandises en transit.
L'Observatoire des Pratiques Anormales sur les corridors d'Afrique Centrale (OPA-AC) a été mis en place dans le cadre du Programme d'Appui à la Gouvernance des Infrastructures Régionales et Nationales en Afrique Centrale (PAGIRN), financé par l'Union Européenne. L'objectif est d'identifier, d'analyser et de publier les irrégularités constatées sur les axes routiers inter-États, afin d'inciter les autorités à prendre des mesures correctives. L'ISSEA (Institut Sous-régional de Statistique et d'Économie Appliquée) assure la coordination technique de l'OPA-AC.
Le port de Douala est le principal point d'entrée pour les importations en direction du Tchad. Près de 80 % des importations tchadiennes transitent par le Cameroun. La fluidité du transit à travers le Cameroun est donc essentielle pour l'économie tchadienne.
Les ports de Douala et Kribi ont concentré 1.455 milliards de FCFA d'échanges commerciaux au deuxième trimestre 2025, une performance en hausse de 9%. Le port de Kribi s'impose progressivement comme la porte de sortie privilégiée des exportations lourdes, complétant le rôle de Douala. Améliorer la fluidité du transit portuaire et douanier reste un enjeu majeur pour favoriser le commerce intra-régional et la compétitivité des économies de la CEMAC.