Un montant stupéfiant de 900 milliards de FCFA, soit environ 1,37 milliard d'euros, représentant la valeur de l'or extrait du sol camerounais, s'est volatilisé vers Dubaï en l'espace d'un an. Ce chiffre alarmant révèle un écart abyssal entre les déclarations d'exportation des douanes camerounaises (22 kg) et les chiffres d'importation enregistrés par les Émirats arabes unis (15,2 tonnes). Face à cette hémorragie financière, la présidence camerounaise a ordonné une enquête de haute sécurité pour démanteler les réseaux responsables de ce trafic.
Le Secrétaire Général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, a confié à une commission d'enquête mixte la mission d'identifier les collecteurs illégaux, les sociétés minières qui sous-déclarent leur production, et les agents publics corrompus qui facilitent ce commerce illicite. Les investigations se concentrent en priorité sur la région minière de l'Est, plaque tournante de l'extraction aurifère artisanale et semi-mécanisée.
L'enquête met en lumière une asymétrie d'information flagrante entre les administrations camerounaises et émiraties. Les sociétés minières, souvent avec la complicité de fonctionnaires véreux, déclarent des quantités minimes d'or, tandis que des tonnes de métal précieux transitent illégalement vers Dubaï. Cet or quitte le Cameroun par les frontières poreuses de l'Est, transite par des pays voisins, puis embarque pour les Émirats, où il est blanchi dans les circuits légaux du commerce international.
Face à ce pillage des ressources nationales, le gouvernement camerounais a réagi en instaurant un nouveau régime minier par le biais de la Loi de Finances 2026. La Société Nationale des Mines (SONAMINES) est désormais désignée comme l'acheteur unique et exclusif de l'or produit sur le territoire national. La Caisse des Dépôts et Consignations sera chargée de constituer un stock d'or stratégique national, visant à garantir la monnaie et à rassurer les investisseurs.
En parallèle, le Ministère des Mines renforce son contrôle sur le secteur aurifère. Depuis le 20 février 2026, les permis d'exploitation minière artisanale semi-mécanisée sont retirés aux opérateurs qui ne respectent pas les exigences administratives et environnementales. De plus, toute nouvelle demande d'exploitation minière artisanale doit être précédée d'une autorisation d'accès au site délivrée par la délégation régionale des mines. Le gouvernement a également réitéré l'interdiction du travail de nuit et des activités minières artisanales dans les périmètres d'exploration.
Ces mesures drastiques visent à assécher les filières illégales, à augmenter les recettes fiscales de l'État et à transformer le secteur minier en un véritable moteur de croissance pour le Cameroun. Reste à savoir si la volonté affichée au plus haut niveau de l'État parviendra à briser les chaînes de complicité qui ont permis ce détournement massif des richesses nationales.
La SONAMINES a pour mission de structurer l'exploitation minière artisanale, qui représente la majeure partie de la production aurifère du Cameroun. En canalisant l'or vers les circuits officiels, l'entreprise publique espère renforcer les réserves stratégiques de l'État et lutter contre la fraude. Depuis juillet 2021, SONAMINES a collecté près de 1 000 kg d'or pour l'État, contre environ 777 kg collectés par l'ancien CAPAM en plus de 15 ans.
Le Cameroun ambitionne de lancer au moins 15 projets miniers d'ici 2027, axés sur l'or, le fer et la bauxite. Ces projets devraient progressivement augmenter la contribution du secteur minier au PIB, au-delà de 1%.