L'Université de Maroua est secouée par un scandale de harcèlement sexuel d'une ampleur sans précédent. Une enquête révèle un système de « sexe contre grade », où des responsables universitaires auraient abusé de leur pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles en échange de notes ou d'avancements de carrière.
L'affaire a éclaté lorsqu'une doctorante, qui était également secrétaire de l'ancien doyen de la faculté des arts, lettres et sciences humaines, le professeur Saibou Issa, a dénoncé un harcèlement constant, des menaces et des viols. Ces actes se seraient produits dans son bureau, un lieu qui aurait dû être dédié à l'excellence académique. Son témoignage a incité une association de défense des droits des femmes à mener une enquête approfondie en 2024.
L'enquête a mis au jour un mode opératoire alarmant. Le professeur Saibou Issa aurait transformé une résidence dans son village natal de Mindif en un lieu de chantage sexuel. Des témoignages et enregistrements révèlent que pour obtenir une promotion, une validation de recherche ou une lettre de recommandation, les jeunes enseignantes devaient céder à ses avances.
Les conséquences de ce système sont désastreuses. L'enquête révèle le cas de Mme Woulfé Fatoumata, doctorante à l'université de Ngaoundéré, qui a divorcé après avoir été forcée à une relation par son directeur de thèse, Saibou Issa. Accusée d'adultère, elle s'est suicidée en novembre 2024. Un enseignant ayant tenté d'alerter sur le comportement du professeur Issa aurait subi un harcèlement administratif.
Suite aux dénonciations et à la saisine de la Commission des droits de l'homme, le recteur de l'Université de Maroua, le Pr Idrissou Alioum, a réagi en remplaçant le Pr Issa Saibou de ses fonctions de doyen. Lors de la rentrée académique 2025, il a promis une « tolérance zéro » envers les comportements déviants et des sanctions exemplaires contre les enseignants corrompus. Si la parole se libère, les victimes attendent que la justice institutionnelle prenne le relais.
Le professeur Saibou Issa, né en 1970 à Mindif, est un historien spécialiste des questions de sécurité au Sahel. Il a été directeur de l'École normale supérieure de Maroua de 2009 à 2020, et chef du département d'histoire à la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Ngaoundéré.
L'affaire de l'Université de Maroua met en lumière la nécessité de renforcer les mécanismes de protection des étudiants et de lutte contre le harcèlement sexuel dans les institutions universitaires camerounaises. En décembre 2024, le recteur de l'Université de Maroua avait déjà mis en garde les enseignants contre les comportements inappropriés envers les étudiantes.