Dans une analyse récente, Ousmanou Magadji, observateur de la scène politique camerounaise, offre une perspective sur les raisons qui ont poussé Ahmadou Ahidjo à désigner Paul Biya comme son successeur. Selon Magadji, Ahidjo percevait en Biya, un Béti, une « perspicacité républicaine » et la conviction qu'il poursuivrait une dynamique d'intégration nationale [cite: null]. Cette vision reposait sur le brassage des peuples et une administration inclusive.
L'analyse de Magadji explore la logique d'assimilation souvent attribuée aux Peuls, suggérant qu'Ahidjo aurait souhaité l'appliquer à l'échelle nationale en choisissant un successeur non-Peul et non-Nordiste. Il pensait que Biya, en tant que Béti, continuerait à promouvoir l'unité nationale [cite: null].
Cependant, une fois au pouvoir, Biya s'est entouré de personnes de son propre groupe ethnique, adoptant une approche plus communautariste. Selon Magadji, cette orientation a profondément déçu Ahidjo, qui se sentait trahi dans son espoir de voir perdurer l'esprit d'unité nationale [cite: null]. Ahidjo avait misé sur Biya, allant jusqu'à s'assurer qu'il ne serait pas contesté par les autres ethnies du Cameroun.
L'article évoque également le coup d'État manqué, suggérant qu'Ahidjo aurait pu être impliqué, motivé par un sentiment de trahison et un contexte africain propice aux putschs. L'exil et la mort d'Ahidjo au Sénégal sont présentés comme une conséquence de cette rupture et de la lutte pour le pouvoir avec le clan Biya.
L'auteur, se présentant comme Béti par son père, appelle à une prise de conscience républicaine face au tribalisme institutionnalisé qui divise le Cameroun. Il invite à une réflexion sur la réciprocité et l'accession au pouvoir d'autres ethnies, non pas comme une exigence, mais comme un symbole d'intégration nationale.
Ce transfert de pouvoir initial, d'Ahidjo à Biya, était perçu comme un geste fort, porteur d'unité, transcendant les clivages ethniques. L'article conclut en soulignant que céder le pouvoir à une personnalité d'une autre région ou ethnie ne devrait pas être vu comme une perte, mais comme un pas vers une démocratie plus inclusive et représentative. Ahmadou Ahidjo démissionne de son poste de président le 4 novembre 1982 et cède sa place à Paul Biya, alors premier ministre. Biya devient ainsi le deuxième président de la République du Cameroun le 6 novembre 1982.