À quelques jours de la célébration de la Journée internationale des femmes, une pénurie du pagne du 8 mars enflamme la ville de Yaoundé. Les marchés d’Essos et d’autres quartiers sont témoins d'une flambée des prix et d'une raréfaction des stocks. Une consommatrice, Cyrielle Mimb, s'indigne : « On dit que c’est 15 000 F le tissu, habituellement c’est 6 000 ou 8 000 F ». L'impatience est palpable devant les points de vente, soulevant des questions sur les bénéficiaires réels de cette situation.
La pénurie de ce tissu, devenu un symbole de la Journée de la femme, crée une onde de choc dans la capitale camerounaise. Alors que l’année précédente, le tissu officiel se vendait entre 6 000 et 10 000 FCFA, certains commerçants n'hésitent pas à afficher des prix allant jusqu’à 17 000 FCFA cette année. Paradoxalement, auprès de la CICAM (Cotonnière Industrielle du Cameroun), le distributeur agréé, le prix officiel reste fixé à 10 000 FCFA.
Des clients désespérés rapportent qu'ils arrivent dès 4 heures du matin dans l'espoir d'acquérir le précieux pagne. Des témoignages concordants font état de stocks épuisés dès les premières heures de livraison. D’autres accusent des intermédiaires d’acheter en grande quantité pour revendre ensuite à des prix exorbitants dans les quartiers périphériques. Cette situation alimente la frustration et la colère parmi les femmes, certaines envisageant de ressortir leurs anciens pagnes, faute de mieux.
Au-delà de la simple question du tissu, cette pénurie met en lumière des problèmes plus profonds liés au pouvoir d’achat des consommateurs et à la transparence de la chaîne de distribution. La situation interpelle le gouvernement camerounais, désormais appelé à faire la lumière sur les causes de cette flambée des prix et de ces ruptures de stock répétées.
En janvier 2025, le prix du pagne avait déjà suscité des débats, de nombreuses femmes estimant que les 10 000 FCFA demandés étaient excessifs, compte tenu du contexte économique difficile du pays. Certaines remettaient en question l'utilité même de cet achat unique, préférant investir cette somme dans leurs activités génératrices de revenus.
En 2020, des informations avaient déjà circulé sur une possible pénurie du pagne du 8 mars, la CICAM ayant annoncé un déficit de production. La société avait prévu de produire 3 millions de mètres de tissu, mais n'en avait fabriqué que 700 000 à la date de l'annonce. Des difficultés au port de Douala avaient également été évoquées, empêchant la réception de la totalité des tissus importés d'Afrique de l'Ouest.
La pénurie actuelle du pagne du 8 mars continue d’alimenter la colère à Yaoundé. Les autorités camerounaises ouvriront-elles une enquête pour faire la lumière sur les dysfonctionnements de la distribution ?