Selon Oscar Njiki, observateur averti des réalités camerounaises, la tontine pratiquée au Cameroun est une institution unique, distincte de son homonyme italienne. Pour lui, si le terme « tontine » trouve son origine en Italie, la pratique camerounaise est profondément enracinée dans la culture locale, en particulier chez les Bamiléké de l'Ouest du Cameroun.
Njiki souligne que la tontine camerounaise, également connue sous les noms de « njangi » ou « tchoua », est bien plus qu'un simple mécanisme financier. Il s'agit d'une pratique sociale, une école de solidarité et de responsabilité collective où l'épargne rotative permet à chacun de réaliser ses projets grâce à la force du groupe.
L'origine du mot tontine remonte à Lorenzo Tonti, un banquier napolitain du XVIIe siècle qui, en France, inventa un système de levée de fonds basé sur la survie des investisseurs. En Italie, la tontine était un mécanisme contractuel où le partage des biens était déterminé par la survie biologique des participants.
Au Cameroun, la tontine est une philosophie vécue, une manière de concevoir la richesse comme un lien social et l'économie comme une éthique. Elle témoigne de la capacité des sociétés africaines à créer leurs propres institutions, à ancrer l'économie dans leur culture et à affirmer que l'Occident n'est pas le seul modèle de pensée sociale.
La tontine bamiléké, en particulier, est une institution financière traditionnelle qui joue un rôle essentiel dans l'économie locale et la cohésion sociale. Elle fonctionne comme une banque parallèle, où les membres cotisent régulièrement à un fonds commun qui est ensuite attribué à chacun à tour de rôle. Cette pratique permet de constituer un capital et de donner accès au crédit à ceux qui n'auraient pas forcément accès aux institutions financières formelles.
Les tontines favorisent la réussite collective, où les succès individuels contribuent au bien-être du groupe.
En somme, la tontine camerounaise est une création originale, un témoignage de l'ingéniosité africaine en matière d'économie sociale.