Face aux incertitudes croissantes sur l'approvisionnement en produits pétroliers, exacerbées par les tensions internationales et la guerre au Moyen-Orient, le Cameroun a décidé de reprendre le contrôle de ses importations de carburants. Cette décision fait suite à deux réunions cruciales tenues à Yaoundé, les 9 et 13 mars 2026, sous l'égide du ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, et du directeur général de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), Okie Johnson Ndoh.
Le gouvernement camerounais revient à un mécanisme d'approvisionnement éprouvé, s'appuyant sur des traders internationaux, tout en maintenant le rôle de pilotage de la CSPH dans l'attribution des quotas. L'objectif principal est de sécuriser le marché intérieur, confronté à la flambée des cours mondiaux et à la faiblesse des stocks nationaux.
Concrètement, l'approvisionnement du marché national se fera via des traders sélectionnés par la CSPH, qui fourniront des cargaisons de produits pétroliers. Les marketeurs locaux achèteront ensuite ces volumes sur la base d'allocations, acquises via des lettres de crédit. Ce système vise à garantir la stabilité de l'approvisionnement en carburant pour le pays.
La situation géopolitique actuelle, marquée par les tensions au Moyen-Orient et les perturbations du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce pétrolier mondial, a accentué les inquiétudes sur les chaînes d'approvisionnement énergétique. L'escalade des tensions a fait grimper les prix du pétrole, le Brent ayant dépassé les 100 dollars le baril le 12 mars 2026, une première depuis plus de deux ans.
Le Cameroun a opté pour un dispositif de prime fixe, une marge prédéterminée appliquée à l'achat des cargaisons. Bien que ce mécanisme puisse réduire la marge de manœuvre des marketeurs pour optimiser leurs coûts d'achat, il offre à l'État une meilleure visibilité budgétaire, en limitant les potentielles répercussions des fluctuations de prix sur les finances publiques.
Cette décision est également motivée par le faible niveau des stocks nationaux, avec une autonomie estimée à 38 jours pour le super, 12 jours pour le gasoil et 11 jours pour le Jet A1. En revenant à ce schéma, utilisé après l'incendie de la Sonara, le Cameroun espère réduire ses coûts d'approvisionnement, comme cela avait été le cas par le passé, avec des économies estimées à 150 milliards de FCFA par an.
Ce réajustement marque une pause dans la libéralisation des importations de produits pétroliers, initiée en décembre 2023, et souligne la vulnérabilité du Cameroun face aux chocs géopolitiques. Bien que cette mesure vise à sécuriser l'approvisionnement à court terme, elle pourrait accentuer la pression sur les finances publiques, déjà mises à rude épreuve par les subventions aux carburants. Sept ans après l'incendie de la Sonara, le pays reste tributaire des importations et exposé aux aléas du marché mondial de l'énergie.