Le journaliste camerounais Jean Claude Mbede a publié un éditorial incisif sur les divisions au sein de l'opposition camerounaise, suite aux récents événements liés à la modification de la Constitution. Mbede y déplore un manque de dialogue et l'introduction d'une forme de violence, qu'elle soit physique ou symbolique, dans le débat politique national.
Selon Mbede, l'opposition se fracture en trois dimensions principales. Il identifie d'abord une « vraie » opposition, incarnée par des figures telles que Maurice Kamto et Issa Tchiroma. Tchiroma, malgré une forte légitimité populaire, est contraint à l'exil, un symbole, selon Mbede, de la répression exercée par le régime en place. Cependant, Mbede critique cette opposition pour son refus du dialogue, alimenté par la pression de militants radicalisés. Il rappelle la pensée d'Emmanuel Kant, soulignant que même en temps de conflit, maintenir un certain niveau de confiance envers l'adversaire est essentiel pour ouvrir la voie à la paix.
Ensuite, Mbede dénonce l'émergence d'une « opposition à l'opposition », qu'il qualifie de mercantiliste. Il vise particulièrement Cabral Libii et Joshua Osih, qu'il accuse de collaborer avec le pouvoir en place au sein d'une Assemblée nationale qu'il décrit comme monocolore. Pour Mbede, ces acteurs ont confondu compromis politique et compromission, privilégiant des intérêts personnels et des avantages matériels au détriment des aspirations de la jeunesse camerounaise.
Mbede insiste sur la nécessité d'éduquer les masses sur le rôle du dialogue, le présentant comme une arme diplomatique et non comme un signe de faiblesse. Il prend l'exemple des négociations entre Israël et l'Iran, ou entre les États-Unis et leurs adversaires, pour illustrer comment le dialogue peut permettre de rapprocher les positions sans pour autant renoncer à ses principes. Il déplore que l'opposition radicale méprise ces « micro-opposants » tout en refusant d'ouvrir des canaux de discussion institutionnels, ce qui, selon lui, alimente une animosité stérile sur les réseaux sociaux et profite au régime en place.
Mbede appelle à une alliance entre Kamto et Tchiroma, les exhortant à transcender leurs ego et à proposer une feuille de route commune pour une transition politique. Il cite Nietzsche pour distinguer l'homme d'État, qui pense à l'avenir, de l'homme politique, préoccupé par les prochaines élections. Selon lui, si l'opposition ne parvient pas à s'unir et à faire preuve de diplomatie et de créativité, le peuple camerounais, désabusé, risque de se résigner à un statu quo durable.
En conclusion, Jean Claude Mbede souligne que le dialogue est un acte de courage et que le refus de dialoguer conduit à la perte de l'espérance. L'avenir politique du Cameroun dépendra de la capacité de l'opposition à surmonter ses divisions et à engager un dialogue constructif avec le pouvoir en place.