Le Cameroun a importé une quantité considérable de friperie en 2025, atteignant 73 008 tonnes pour une valeur de 42,5 milliards de FCFA. Ces chiffres, révélés par l'Institut national de la statistique (INS) dans son rapport 2025 sur le commerce extérieur, montrent une augmentation de 2,6 milliards de FCFA par rapport à l'année précédente, où les importations s'élevaient à 39,8 milliards de FCFA pour 72 600 tonnes.
Cette augmentation des importations de friperie contraste avec le déclin de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), autrefois un pilier de l'industrie textile locale. La Cicam, qui contrôlait jusqu'à 80% du marché, ne détient plus qu'environ 5% des parts de marché. Cette situation est due, selon les officiels, à l'essor du marché de la friperie, mais aussi à l'afflux de textiles et vêtements à bas prix en provenance de Chine et d'Afrique de l'Ouest, souvent importés illégalement.
La Cicam est confrontée à des difficultés financières depuis deux décennies, avec une dette évaluée à plus de 22 milliards de FCFA. Une étude du Bureau de mise à niveau des entreprises (BMN) a proposé un plan de restructuration nécessitant 48,2 milliards de FCFA si l'État finançait l'opération. Paradoxalement, ce montant est presque équivalent à la valeur des importations de friperie en 2025. Une privatisation partielle ramènerait le coût de la restructuration à 30,7 milliards de FCFA.
Le gouvernement camerounais envisage un investissement de 70,2 milliards de FCFA pour relancer la Cicam, avec l'objectif de sextupler sa capacité de transformation de coton d'ici 2030. Cette initiative s'inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui vise à transformer structurellement l'économie camerounaise. L'objectif est de transformer localement 50% du coton produit à partir de 2030.
Pour atteindre cet objectif, le gouvernement prévoit de développer une industrie de fabrication de vêtements, notamment pour les uniformes des forces de l'ordre et les tenues de sport, en utilisant au moins 60% de coton camerounais. La relance de la Cicam est considérée comme stratégique pour réduire la dépendance du pays aux importations de textiles et relancer une industrie nationale en déclin. Toutefois, la société importe depuis plusieurs années la totalité des pagnes de la Journée internationale des droits de la femme (JIF), ce qui l'oblige à partager ses revenus avec le fournisseur.
La situation financière de la Cicam reste précaire, avec des négociations en cours concernant une potentielle redistribution du capital. Le gouvernement, qui détient actuellement 25% des parts via le ministère des Finances, pourrait augmenter sa participation à 85% en convertissant un prêt en actions. Des discussions sont également en cours avec le groupe indien Arise Integrated Industrial Platforms (Arise IIP) pour son entrée dans le capital de la Cicam. La relance de la Cicam permettrait de réduire la dépendance du pays aux importations de textiles.
L'essor des importations de friperie au Cameroun met en évidence les défis auxquels est confrontée l'industrie textile locale, notamment la Cicam. L'investissement gouvernemental prévu et les efforts de restructuration en cours témoignent d'une volonté de revitaliser ce secteur et de réduire la dépendance aux importations. La réalisation de ces objectifs nécessitera des efforts concertés pour moderniser l'outil de production de la Cicam et lutter contre la contrebande de textiles à bas prix.