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ENAM Cameroun : Les résultats d'admission 2025 ravivent les débats sur le népotisme et les réseaux d'influence

Les résultats 2025 de l'ENAM au Cameroun relancent la polémique sur le népotisme. Des listes non officielles révèlent des liens familiaux entre admis et personnalités influentes, questionnant la mérit

ENAM Cameroun : Les résultats d'admission 2025 ravivent les débats sur le népotisme et les réseaux d'influence
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Les résultats d'admission à l'École Nationale d'Administration et de Magistrature (ENAM) du Cameroun pour l'année 2025 suscitent une fois de plus la polémique. Comme chaque année, des accusations de népotisme et de favoritisme refont surface, alimentées par la diffusion de listes non officielles sur les réseaux sociaux. Ces listes mettent en évidence des liens de parenté entre les nouveaux admis et des personnalités influentes de l'État, ravivant les soupçons de reproduction des élites au sein de la haute fonction publique camerounaise.

Les listes officielles, publiées le 21 novembre 2025 par le Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative (MINFOPRA), ne font aucune mention des liens familiaux des candidats. Elles présentent les admissions comme étant basées sur le mérite, conformément aux principes de la méritocratie. Cependant, une liste alternative circule, fruit d'un travail de recoupement de données publiques, qui associe les noms des admis à ceux de leurs parents occupant des postes clés dans l'administration, la magistrature, l'armée et les entreprises publiques.

L'ENAM, créée en 1959, est perçue comme la principale voie d'accès à la haute fonction publique au Cameroun. Elle forme les futurs administrateurs civils, magistrats, diplomates et cadres supérieurs de l'État. De ce fait, l'admission à l'ENAM est un enjeu majeur, car elle ouvre la voie à des carrières prestigieuses, à l'accès aux ressources publiques et à un réseau d'influence durable. La question n'est pas de savoir si les enfants des élites réussissent le concours, mais plutôt de comprendre pourquoi leur succès est si constant, au-delà de ce que les statistiques de préparation pourraient justifier.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette surreprésentation. L'accès inégal à une préparation de qualité, concentrée dans les classes préparatoires privées de Yaoundé et Douala, favorise les familles aisées. L'épreuve orale, moins formalisée que les écrits, laisse une marge d'appréciation subjective aux jurys. De plus, la composition opaque des jurys et l'absence de mécanismes de déclaration de conflits d'intérêts soulèvent des questions d'impartialité.

La publication de ces listes croisées met la pression sur le MINFOPRA, avec des appels à un audit indépendant des résultats de 2025, à une transparence accrue sur la composition des jurys et à des mesures d'anonymisation renforcées lors des épreuves orales. La crédibilité de l'administration publique est en jeu. Si l'accès à la haute fonction publique est perçu comme réservé à une élite, la confiance dans les institutions risque de s'éroder, alimentant le désengagement civique et l'exil des jeunes diplômés. À terme, une fonction publique recrutée par cooptation risque de servir davantage ses réseaux que les citoyens, affectant la qualité des politiques publiques, la lutte contre la corruption et l'attractivité du Cameroun pour les investissements étrangers. La question demeure : l'ENAM forme-t-elle les meilleurs, ou reproduit-elle les mêmes schémas de pouvoir ?

Source : www.camer.be