La filière cacao camerounaise traverse une période de turbulences, marquée par une forte volatilité des prix. Après une envolée spectaculaire, les cours ont chuté, fragilisant les producteurs et mettant en évidence les limites d'un modèle économique extraverti. Face à cette situation, Lisette Claudia Tame Njambe, dirigeante d'Africa Processing Company SA, plaide pour une transformation structurelle de la filière, axée sur la transformation locale et une meilleure redistribution de la valeur.
La récente crise a révélé l'exposition des économies productrices aux chocs externes lorsqu'elles ne maîtrisent pas l'ensemble de la chaîne de valeur. Le prix du kilogramme de fèves a dégringolé de 4 800 à 800 FCFA en quelques mois, anéantissant les espoirs de nombreux producteurs. Cette volatilité met en lumière la fragilité du modèle économique actuel, où les producteurs, maillon essentiel, restent les plus vulnérables.
Une première piste de réforme concerne la politique fiscale. Selon les industriels, l'augmentation récente des taxes à l'exportation risque d'accentuer la pression sur les producteurs. Lisette Claudia Tame Njambe alerte sur le risque de voir les cacaoculteurs payer la note, entraînant une baisse de la production et fragilisant la position du Cameroun sur le marché international. Il est donc crucial de préserver la compétitivité du cacao camerounais tout en assurant des revenus décents aux agriculteurs.
La redistribution de la valeur au sein de la filière est un autre levier essentiel. Alors que les industries de transformation absorbent une part croissante de la production nationale, la question du prix payé aux planteurs demeure cruciale. Lisette Claudia Tame Njambe insiste sur la nécessité d'imposer un prix plancher aux industriels, garantissant ainsi une rémunération équitable aux producteurs. Elle souligne que les planteurs demeurent les parents pauvres de la filière, malgré les efforts de certaines entreprises comme Africa Processing Company pour adopter des pratiques d'achat plus équitables.
Cependant, la transformation locale apparaît comme la véritable solution à long terme. Exporter des fèves brutes signifie renoncer à la valeur ajoutée. Développer des unités de transformation, même à petite échelle, permettrait de stabiliser les revenus et d'atténuer les effets des fluctuations des cours mondiaux. Lisette Claudia Tame Njambe propose la mise en place d'unités accessibles aux coopératives et aux producteurs, capables de produire des dérivés semi-finis destinés aux industriels.
La crise actuelle révèle les limites d'un modèle extraverti et peu créateur de valeur locale. L'industrialisation des économies africaines, et notamment la transformation locale du cacao, est essentielle pour assurer une croissance durable et inclusive. En transformant sa production, le Cameroun peut s'assurer une place de choix sur le marché mondial du cacao.
Au-delà du soutien des prix, il est impératif de repenser la structure de la filière cacao. La richesse ne se décrète pas, elle se construit par la transformation.