Le 3 mars 2026, une entente a été conclue à Istanbul entre l'Assemblée nationale du Cameroun, sous la direction de son président Cavaye Yéguié Djibril, et le groupe turc Memorial Health Group. L'accord vise à offrir une couverture médicale aux députés et au personnel administratif de l'institution. Cependant, la signature de ce contrat en sol étranger et sans appel d'offres préalable suscite des interrogations.
L'absence de mise en concurrence publique dans l'attribution de ce marché est pointée du doigt. Le choix de Memorial Health Group s'est fait en dehors des procédures régulières des marchés publics camerounais. Le montant exact de ce contrat, qualifié de substantiel par des sources internes, n'a pas été rendu public par le bureau du président de l'Assemblée nationale, alimentant les critiques sur le manque de transparence financière, d'autant plus que l'Assemblée est financée par le budget de l'État.
La présence de Mohamadou Atikou Kalda dans la délégation accompagnant Cavaye Yéguié Djibril soulève également des questions. En tant que directeur général de Memorial Cameroun, la filiale locale du groupe turc, il était à la fois l'intermédiaire et le dirigeant de l'entreprise bénéficiaire du contrat. Cette double casquette soulève des préoccupations de conflit d'intérêts.
Mohamadou Atikou Kalda est une figure connue de la scène politique camerounaise, ayant été impliqué dans l'organisation d'un rassemblement de soutien à Paul Biya en 2025. Son parcours illustre les liens étroits entre engagement politique et accès aux contrats publics.
Ce n'est pas la première fois que la question de l'assurance médicale des députés suscite des tensions. En février 2022, un conflit avait opposé Cavaye Yéguié Djibril au secrétaire général de l'époque, Gaston Komba, entraînant le limogeage de ce dernier. Cet antécédent révèle que ce dossier est un enjeu de pouvoir et d'argent.
Ce contrat s'inscrit dans un contexte plus large de marchés attribués de gré à gré au Cameroun, sans information budgétaire disponible. Il offre aux députés et au personnel administratif un accès privilégié à des soins de haute technicité en Turquie, alors que les hôpitaux publics camerounais sont confrontés à un manque de ressources criant.
Le choix de la Turquie comme destination sanitaire n'est pas un hasard. La Turquie mène une politique offensive dans le secteur de la santé en Afrique, et des hôpitaux turcs accueillent déjà des patients de plusieurs pays du continent. Dans le cas du Cameroun, c'est une institution publique qui contractualise directement, sans transparence, pour des évacuations sanitaires vers Istanbul.
L'absence d'appel d'offres constitue une violation des règles de passation des marchés publics et alimente la défiance envers les institutions. La situation interroge sur la gouvernance au sein de l'Assemblée nationale, dont le rôle est de contrôler l'action gouvernementale et de garantir la transparence. Comment justifier que les législateurs se placent au-dessus des règles qu'ils imposent aux autres ?
En effet, Cavaye Yéguié Djibril, figure politique camerounaise de longue date, occupe le poste de président de l'Assemblée nationale depuis 1992. Membre éminent du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), il est considéré comme l'un des politiciens les plus anciens du pays.