Une étude de la Commission économique pour l'Afrique (CEA) révèle que les acteurs du commerce transfrontalier informel dans la zone des trois frontières entre le Cameroun, le Gabon et la Guinée équatoriale, notamment à Kye-Ossi, continuent de faire face à d'importantes difficultés administratives et financières. Le rapport, intitulé « Caractérisation du commerce transfrontalier informel en Afrique centrale : cas de la zone des trois frontières Cameroun-Gabon-Guinée équatoriale », met en lumière les défis rencontrés par ces commerçants.
L'étude de la CEA souligne que ces difficultés sont largement dues aux interactions entre les commerçants et les services présents aux postes frontaliers. Les douanes, la police, la gendarmerie et diverses administrations sectorielles chargées du contrôle des marchandises, notamment les services de l'agriculture, de l'élevage, du commerce et des forêts, sont pointés du doigt. Bien que ces contraintes affectent tous les opérateurs, elles pèsent davantage sur les femmes, qui sont très présentes dans ce secteur du commerce sous-régional.
Les procédures douanières sont au centre des préoccupations, la quasi-totalité des personnes interrogées jugeant les coûts de dédouanement trop élevés, ce qui dissuade de nombreux opérateurs de déclarer leurs transactions aux services compétents. Face à ces coûts, certains commerçants préfèrent recourir à des circuits informels pour faire circuler leurs marchandises.
Le rapport met également en évidence l'existence de taxes arbitraires, souvent perçues sans délivrance de quittance, une pratique dénoncée par 83 % des personnes interrogées. Cette situation met en évidence le problème de la malversation ou de la déperdition des recettes douanières, car toute déclaration ou paiement aux services douaniers devrait donner lieu à la délivrance d'une quittance.
La lenteur des formalités douanières est un autre obstacle majeur, cité par 78 % des commerçants interrogés. Cette situation pénalise particulièrement les transporteurs de produits périssables, notamment les denrées alimentaires qui nécessitent un acheminement rapide vers les marchés. De plus, 56 % des opérateurs déclarent être confrontés à des pratiques de corruption, certains agents exigeant des paiements informels pour faciliter le passage des marchandises. Les commerçants signalent également de multiples tracasseries administratives, mentionnées par 48 % des personnes interrogées, qui se traduisent par des attitudes hostiles ou méprisantes de certains agents frontaliers et par un manque de souplesse dans l'application des procédures.
Ces observations mettent en évidence des lacunes persistantes dans l'encadrement du commerce transfrontalier, compte tenu des missions assignées aux douanes camerounaises, qui comprennent la collecte des recettes fiscales, la mission économique, ainsi que la surveillance et la protection du territoire. À Kye-Ossi, les services douaniers sont présents aux trois principaux points de passage, et le bureau principal de douane est connecté au système informatique douanier CAMCIS, censé permettre l'enregistrement des transactions déclarées.
La CEA estime que le commerce informel transfrontalier en Afrique représente entre 7 et 16 % des flux commerciaux intra-africains formels et entre 30 et 72 % du commerce formel entre pays voisins.