Le 28 mars 2026, un incident choquant s'est produit dans un lycée technique de Dziguilao, dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Le proviseur de l'établissement, Djongmo Dourandi, a agressé violemment une enseignante, Mme Kaltoufaya, en la frappant à la tête avec une bouteille de bière. L'agression s'est déroulée en pleine assemblée générale, devant témoins, et a conduit à l'évacuation d'urgence de l'enseignante vers un établissement hospitalier.
Selon des sources internes, le proviseur aurait même revendiqué publiquement son impunité après les faits, signe d'une possible dérive au sein de l'administration scolaire camerounaise. Cet acte de violence soulève de sérieuses questions sur l'état de l'autorité et la gestion des établissements scolaires au Cameroun.
Cette agression n'est pas un cas isolé, mais plutôt le symptôme d'un problème plus profond : la violence institutionnelle dans les écoles camerounaises. Une culture où la critique est perçue comme une menace et où les mécanismes de recours sont inefficaces, particulièrement dans les régions éloignées. Le proviseur, dans ce modèle, exerce un pouvoir quasi discrétionnaire sur son personnel, favorisant un climat d'impunité.
L'impunité, dans ce contexte, se nourrit de plusieurs facteurs. L'isolement géographique des établissements situés dans des régions périphériques comme l'Extrême-Nord, où les signalements d'abus sont plus lents à remonter et moins susceptibles d'aboutir. La culture du silence, où les enseignants craignent des représailles professionnelles s'ils dénoncent leurs supérieurs. Et l'absence de jurisprudence disciplinaire visible, qui entretient la perception que les abus restent impunis.
Cette affaire met en lumière la nécessité d'une réaction rapide, ferme et transparente de la part du ministère de l'Éducation nationale. Une suspension immédiate du proviseur, l'ouverture d'une enquête administrative et un accompagnement de la victime seraient des signaux forts envoyés à l'ensemble du corps enseignant. L'absence de réaction, au contraire, conforterait le sentiment d'impunité du proviseur et aggraverait la situation.
La protection des enseignants contre les abus hiérarchiques est essentielle pour garantir l'attractivité du métier et la qualité de l'enseignement au Cameroun. Un enseignant qui vit dans la crainte de représailles ne peut pas exercer son métier dans les meilleures conditions, ce qui pénalise les élèves. La mise en place de mécanismes de signalement anonymes, d'inspections indépendantes régulières et d'une jurisprudence disciplinaire publique sont des réformes nécessaires.
Au-delà de l'aspect juridique, cette affaire pose une question fondamentale sur les valeurs transmises par une école où les conflits se règlent par la violence. Il est impératif de restaurer l'autorité morale de l'institution en protégeant les victimes plutôt que les bourreaux. L'intégrité du système éducatif camerounais est en jeu.