Kaptmedia

Cameroun : Révision constitutionnelle en urgence et dévolution du pouvoir en question

Une révision constitutionnelle en urgence au Cameroun soulève des questions sur la dévolution du pouvoir et la légitimité des institutions, dans un contexte politique et sécuritaire fragile.

Cameroun : Révision constitutionnelle en urgence et dévolution du pouvoir en question
Actualités Cameroun

Au Cameroun, une révision constitutionnelle est en cours d'examen à l'Assemblée nationale, suscitant des interrogations quant à la transparence et aux motivations derrière cette procédure accélérée. La commission des lois constitutionnelles se penche sur ce projet de loi, avec une adoption prévue dans un délai de 48 heures, un calendrier jugé inhabituellement rapide.

Cette révision intervient dans un contexte politique particulier. Paul Biya, dont la réélection en 2025 a été contestée, n'avait pas inclus de réforme constitutionnelle dans son programme. De plus, le pays est toujours en attente de la formation d'un nouveau gouvernement. Les députés, dont le mandat était expiré, ont vu leur prolongation accordée jusqu'en décembre 2026. Cette situation soulève des questions sur la légitimité et la représentativité des institutions en place.

Plusieurs analystes politiques y voient une manœuvre de dévolution du pouvoir discrète, orchestrée par les cercles dirigeants sans réelle consultation populaire. Le processus comprendrait plusieurs étapes clés : prorogation des mandats législatifs, maintien d'un vide gouvernemental et modification de la constitution avant l'émergence d'une opposition structurée. Cette ingénierie constitutionnelle, bien que respectant les formes juridiques, est perçue comme un coup d'État institutionnel par certains observateurs.

Les modifications constitutionnelles pourraient viser à faciliter une succession ou une consolidation du pouvoir exécutif. Une des modifications envisagées serait la création d'un poste de vice-président. Une telle évolution pourrait fragiliser davantage la légitimité du Parlement et susciter des critiques tant au niveau national qu'international.

Si une dévolution dynastique du pouvoir se confirme, le Cameroun pourrait s'installer dans un modèle de succession opaque, similaire à celui observé dans d'autres pays d'Afrique centrale. Ce scénario risquerait d'affaiblir durablement les institutions, de décourager les investissements étrangers et d'exacerber les tensions régionales, notamment dans les zones anglophones.

La situation actuelle met en lumière la fragilité des institutions camerounaises, où les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire semblent agir de concert. La question cruciale est de savoir dans quel état se trouveront ces institutions lorsque la prochaine génération devra s'en saisir.

En parallèle, le Cameroun est confronté à des défis sécuritaires croissants, notamment liés à la crise anglophone et aux tensions régionales. Des incursions de groupes radicaux en provenance du Nigeria voisin exacerbent les risques de déstabilisation. Dans ce contexte, la priorité reste de garantir la stabilité des institutions et d'assurer une transition politique transparente et inclusive.

Source : www.camer.be