Le projet CSTAR, un ambitieux dépôt de carburant et une raffinerie à Kribi, est au centre d'une controverse majeure impliquant la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Selon les révélations du journaliste d'investigation Boris Bertolt, ce projet aurait été mis en œuvre dans des conditions opaques, contournant les institutions établies et impliquant des personnalités haut placées de l'État.
Le projet CSTAR, porté par Nathalie Moudiki, fille de l'Administrateur Directeur Général (ADG) de la SNH, Adolphe Moudiki, et Franck Hertz Biya, est accusé d'avoir été lancé sans consultation adéquate des organes compétents. Le Conseil d'Administration de la SNH, dirigé par Ferdinand Ngoh Ngoh, ainsi que le Premier ministre, le Ministère de l'Eau et de l'Énergie (MINEE), la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures (CSPH) et la Société Nationale de Raffinerie (SONARA), auraient été tenus à l'écart. Cette absence de transparence soulève des questions sur la légalité et la légitimité du projet.
Un aspect particulièrement préoccupant soulevé par Boris Bertolt concerne l'entreprise Techlogix. En 2024, cette société aurait reçu cinq cargaisons de pétrole brut de la SNH, d'une valeur d'au moins 140 milliards de FCFA. Cependant, à mars 2025, aucun paiement n'avait été enregistré dans les comptes de la SNH. L'ancien Directeur Commercial Adjoint, M. Ndongo Ndi Emmanuel, aurait alerté l'ADG Adolphe Moudiki de cette situation, ce qui aurait entraîné sa rétrogradation et son éviction de la SNH. Les fonds restent impayés.
Selon Bertolt, le président de Techlogix serait M. Azzam Makhlouf, qui a ensuite été nommé vice-président de CSTAR lors d'un conseil d'administration tenu à Dubaï. Nathalie Moudiki aurait été nommée à la fois PCA et CEO de CSTAR. De plus, le consortium partenaire ARIANA/RCG ne posséderait pas de références solides en matière de raffinage ou de gestion de stocks stratégiques.
Le projet CSTAR, comprenant une raffinerie d'une capacité de 30 000 barils par jour et un dépôt de stockage de 250 000 tonnes métriques, vise à renforcer l'indépendance énergétique du Cameroun. Lancé officiellement en juillet 2025, il ambitionne de réduire les importations de carburant d'environ 30 % et de générer des revenus d'exportation. Les travaux de construction de la raffinerie de Kribi devraient débuter en janvier 2026.
Ces révélations soulèvent de sérieuses interrogations sur la gouvernance de la SNH et les pratiques entourant le projet CSTAR. Elles mettent en lumière des conflits d'intérêts potentiels et un manque de transparence qui nécessitent une enquête approfondie. L'affaire met en cause la gestion des ressources pétrolières du Cameroun et la nécessité d'une plus grande redevabilité dans le secteur des hydrocarbures. Transparency International a défendu son partenariat avec la SNH malgré le scandale de corruption de Glencore. L'organisation anticorruption a déclaré que la SNH l'avait approchée pour effectuer un «diagnostic de gouvernance».