Alors que Yaoundé s'apprête à accueillir la 14e conférence des ministres des pays membres de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le Cameroun est invité à réévaluer ses stratégies de développement économique, notamment en ce qui concerne l'import-substitution.
La Stratégie Nationale de Développement (SND30) repose sur un modèle combinant l'import-substitution et la promotion des exportations, tirant parti des avantages comparatifs de l'économie camerounaise. Cette approche vise à corriger la forte dépendance du Cameroun aux importations, source d'un déficit commercial quasi-structurel. L'import-substitution est ainsi perçue comme un levier essentiel pour transformer l'économie camerounaise, un pilier central de la SND30.
Cependant, cette stratégie suscite des interrogations quant à sa pertinence conceptuelle, historique et opérationnelle. L'import-substitution, théorisée dès le 19e siècle par Friedrich List avec le concept de « protectionnisme éducateur », a inspiré des économistes comme Samir Amin, chantre de l'industrialisation par substitution aux importations (ISI) dans les pays du Tiers Monde. Amin prônait un développement autocentré, axé sur la souveraineté économique et la production locale, pour contrer la domination des pays riches.
Historiquement, les politiques d'ISI mises en œuvre dans les années 1960 et 1970 ont souvent échoué. Au Cameroun, l'ère Ahidjo a vu la création d'entreprises publiques comme SOCAME, CERICAM et CELLUCAM, financées par les revenus du cacao, du café et du pétrole. La crise économique des années 1980 a révélé les limites de ce modèle, avec des entreprises publiques déficitaires et un endettement élevé. L'expérience brésilienne, souvent citée, est difficilement transposable au contexte camerounais en raison de la taille du marché intérieur brésilien.
L'import-substitution implique des mesures protectionnistes telles que des droits de douane élevés, des quotas et des subventions étatiques. Or, ces pratiques sont en contradiction avec les règles de l'OMC, qui prône l'ouverture des frontières et la suppression des entraves au commerce. L'Accord de Partenariat Economique (APE) signé en 2014 entre le Cameroun et l'Union Européenne, entré en vigueur en 2016, illustre cette contradiction. L'APE prévoit un démantèlement progressif des droits de douane sur les produits européens, ouvrant ainsi le marché camerounais aux produits manufacturés européens, potentiellement au détriment de l'industrie locale. Certains considèrent même l'APE comme une forme d'aide à la recolonisation.
Dans un contexte mondial marqué par les guerres économiques, la reconfiguration des échanges internationaux et la compétitivité accrue, le Cameroun doit viser le renforcement de sa compétitivité et la promotion de ses exportations plutôt que de s'enfermer dans un marché intérieur étroit. L'échec relatif du Plan Intégré d'Import-Substitution Agro-pastoral et Halieutique (PIISAH), doté d'un budget de 1371 milliards de FCFA, illustre les limites de l'import-substitution. Des études ont montré les difficultés à substituer le blé importé par des farines locales à base de manioc, banane plantain et patate douce.
Face à ces défis, une nouvelle orientation stratégique s'impose pour le Cameroun : le renforcement de la compétitivité et la promotion des exportations.